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Portrait

Article publié le 15 mars 2011

Entretien avec Pascal Férat, président du Syndicat des vignerons

Du maintien de la RI à la défense des droits de plantation, du démarrage de la révision parcellaire au positionnement du SGV, du dynamisme commercial du vignoble aux menaces sur l’appellation, Pascal Férat s’exprime sans détour sur les sujets qui ont rythmé sa présidence depuis un an. Il aborde avec détermination les échéances 2011, autour des bases d’« un projet construit avec les vignerons pour l’avenir de la Champagne ».

Cette année marque la fin de la période d’expérimentation de la RI. Avez-vous des inquiétudes quant à la pérennisation de cet outil ?

Tous les vignerons sont très attachés à cette réserve individuelle. Aussi, je suis convaincu que si des efforts sont à réaliser pour garantir son maintien, ils seront faits, car nous voulons garder un système d’assurance. Encore faut-il qu’il soit celui que l’on souhaite. Pour cela, nous devons régler les problèmes qui se posent et tout particulièrement prévenir les accusations de droit à produire. Jamais l’Inao n’acceptera une RI qui ne serait pas bornée sur ce sujet. Certes, on peut se déchirer autour de la RI mais nous prendrions alors le risque de nous voir imposer un système tel qu’il existe dans les autres régions et qui ne correspond pas du tout à ce que nous voulons. Notre objectif est d’éviter les déblocages liés aux évolutions de structures en donnant la priorité à la transmission. Plusieurs pistes sont en réflexion. L’une d’elle est la transmission volontaire où l’exploitant serait libre d’accepter de céder gracieusement cette réserve sous certaines conditions. À défaut, elle partirait en distillation. Pour faciliter les choses, nous souhaitons obtenir une valeur à zéro de cette réserve afin qu’il n’y ait pas d’incidence fiscale si elle part en distillation. Un autre point doit être intégrer : la gestion du prochain système de réserve sera différente de celui que nous expérimentons depuis quelques années. Pourtant, l’ancien et le nouveau système devront coexister pendant un certain temps. Là encore, pour ne pas dériver vers un droit à produire, la volonté du SGV est claire : il faut viser un plafonnement des deux systèmes assurant que le cumul des deux ne dépasse pas les 8 000 kg/ha. Sur la réserve individuelle, nous avons, avec l’ensemble des familles champenoises, une volonté et une approche communes. Nous sommes aussi en cours de discussions et de négociations avec les trois ministères concernés. C’est notamment le cas avec celui de l’Économie et des Finances, en particulier autour de la non-valorisation de la réserve. Le Préfet nous a demandé que les règles soient définies avant la prochaine récolte et je ferai en sorte que cela fasse partie intégrante des décisions de vendanges de juillet prochain. Je pense que c’est jouable ! Aujourd’hui, ce que je regrette le plus c’est que nous ayons perdu 6 mois à cause d’un cas particulier.

La disparition des droits de plantation fait d’autant plus peur aux vignerons qu’il ne semble pas se profiler de « réponse clé en main » à ce sujet. Quel est votre état d’esprit : plutôt optimiste ou plutôt pessimiste ?

Je reste optimiste mais mesuré. Le Président de la République vient de se déclarer favorable au maintien des droits de plantation comme le ministre de l’Agriculture l’avait fait en son temps. C’est une première étape : l’État français affirme vouloir maintenir un système de régulation du potentiel de production. C’est désormais la position officielle de l’État français. Jusqu’à maintenant, nous tirions dans ce sens sans savoir si l’État nous suivait alors même que ce dossier se joue d’abord au niveau des États européens. La prise de position de la France est donc importante pour notre filière. Mais, tout cela ne suffit pas. Maintenant, il faut convaincre au plus haut niveau : à Bruxelles. Le SGV a développé son action en étroite collaboration avec la Cnaoc et avec nos parlementaires, Philippe Martin et Catherine Vautrin, que je tiens à remercier ici. Nous avons également pris la mesure de la nécessité d’exercer un lobby puissant au niveau européen que ce soit par le biais d’Efow (NDLR : organisme de lobbying fondé par la confédération nationale des AOC) ou par la multiplication des contacts directs. Sur ce genre de dossiers, il faut aller chercher des appuis en Italie, en Hongrie, en Allemagne ou en Espagne… Partager des intérêts communs autour de produits d’exception obtenus sur des terroirs ciblés, nous permet de prendre conscience de la force que l’on peut représenter sur le plan international. Et ces démarches sont payantes : nous avons réussi à mobiliser des parlementaires européens qui viendront en Champagne en juillet prochain afin de rencontrer le SGV et échanger sur cette problématique. D’ici là, avec Jean-Paul Bachy, président de l’Arev (NDLR : association des régions européennes viticoles), nous allons monter un dossier sur les impacts économiques d’une disparition des droits de plantation. Bien sûr, il est probable que tout ce travail ne soit pas visible pour le vigneron, mais il faut qu’il sache que nous travaillons ardemment ce sujet. Je suis déterminé et je ne lâcherai pas la bride d’autant que ce dossier est lié avec la révision de l’aire d’appellation.

Vous l’avez rappelé lors de la dernière assemblée du SGV, l’avenir des droits de plantation conditionne la poursuite en l’état de la révision de l’aire. La révision parcellaire doit démarrer cette année. Où en est-on aujourd’hui ?

Tout d’abord, je tiens à rappeler l’objectif de cette révision : c’est le renforcement de la viticulture et des viticulteurs champenois. J’ai dis, et je le redis, que s’il devait y avoir disparition des droits de plantation, je reverrai la copie de la révision de l’aire. Mon objectif est de tout mettre en oeuvre pour préserver, dans la durée, l’excellence des territoires de notre appellation. Le dossier de la révision a notamment été ouvert pour remédier à l’imprécision juridique des textes régissant notre appellation. Mais rien ne nous empêche de dire demain que notre zone de production reste proche de celle d’aujourd’hui si nous ne disposions plus d’outil de gestion de notre production. Cela dit, après le travail réalisé sur l’aire géographique, une proposition de travail sera faite à l’Inao en février afin de passer à la révision du parcellaire. Mais rien ne sera alors définitivement acté. Ce ne sera qu’un point d’étape nécessaire et obligatoire donnant mandat à l’Inao pour poursuivre son travail de révision. Le décret « conclusif » n’interviendra qu’à l’issue de la révision parcellaire. Cela nous permet donc de voir comment va évoluer le sujet des droits de plantation. Comment voyez-vous le Syndicat général des vignerons en 2011 ? Je considère que défendre les intérêts des vignerons c’est la mission de base du SGV, sa raison d’être. Avec mon recul, j’ai aujourd’hui un certain nombre d’idées pour la Champagne mais je veux les partager largement. C’est pour cela que je lance un projet d’entreprise Champagne. Je suis parti d’un simple constat : tout évolue très vite et avec la crise, ce mouvement s’accélère ! Notre Syndicat ne peut rester en marge de ces différents mouvements. Il nous faut évoluer. Notre environnement a changé, les relations avec nos partenaires aussi, puisqu’eux-mêmes ont changé. Ce sont souvent des points d’évolution naturelle mais nous devons les prendre en compte. Nos objectifs ne sont plus forcément toujours les mêmes. Face à cela, nous avons intérêt à nous structurer, ne pas nous diviser et nous poser les questions de fond. C’est dans ce cadre que j’ai lancé le projet d’entreprise Champagne qui portera sur le Vignoble et intégrera évidemment le SGV en tant qu’organisation. Ainsi, par exemple, nous devons examiner notre positionnement face aux marques, aux structures, car plus la concentration des acteurs s’activera, plus la négociation sera difficile. À terme, le partage de la valeur ajoutée pourrait être remis en cause si nous ne réagissons pas ! J’ai donc à coeur que le Syndicat soit fortement représenté et partenaire actif de toutes les structures professionnelles qui composent notre filière. Nous avons aussi le devoir d’améliorer la symbiose entre les vignerons et leur Syndicat. Notamment en optimisant notre communication afin de développer un réel sentiment d’appartenance. C’est un des axes forts de l’action du bureau du SGV. Il faut que tout vigneron qui se pose une question sur son exploitation, sur son métier de vigneron, se tourne naturellement vers un seul interlocuteur : son Syndicat. L’année 2010 nous a permis de dresser un état des lieux complet des forces en présence et de relever des points d’appui et des points de faiblesse. 2011 va nous permettre de construire un projet avec les vignerons pour l’avenir de la Champagne.

Baisse des ventes des vignerons sur le marché français, montée en puissance de l’image des champagnes de la propriété… Quelles sont, selon vous, les perspectives d’évolution pour la manipulation ?

La petite baisse des ventes des vignerons est à relativiser au vu de la violence de la crise qui s’est abattue sur le monde depuis 2 ans. Cette crise a davantage touché l’export. Le marché français a surtout été impacté par la baisse du pouvoir d’achat des Français. Les vignerons sont parvenus à bien stabiliser leurs positions sur la France et ont fait un vrai travail de valorisation. Aujourd’hui, les marchés étrangers repartent mais le marché français a été dégradé, notamment par des prix bas. Le SGV va donc tout faire pour accompagner le développement commercial des récoltants et des coopératives afin de maintenir les équilibres. Notre accompagnement doit s’opérer sur les marques, sur le rapprochement commercial entre les vignerons et les grands acheteurs, J’en profite pour féliciter les récoltants les plus dynamiques et pour les remercier de leur sagesse. Les décisions de vendange sont d’intérêt général. Pour garantir l’intérêt général, il y a parfois des efforts à faire individuellement, mais ces efforts sont toujours récompensés à terme. Aujourd’hui, tous les acteurs du Vignoble me disent qu’il ne faut surtout pas ramener de volumes complémentaires immédiatement, qu’il ne faut pas envoyer de signes qui viendraient déstabiliser un marché encore fragile. Nous réfléchirons à notre positionnement dès le mois de juillet pour la prochaine vendange. Ce qui est certain, c’est que recharger un niveau de stock qui serait trop important conduirait à développer les premiers prix dans la grande distribution : ils y font beaucoup de mal à ceux qui travaillent la valeur et dynamisent les marchés.

Plus largement quels sont, selon vous, les défis auxquels le Vignoble va devoir faire face et comment le SGV peut-il les accompagner ?

Pour moi, à court terme, le défi qui vient se percuter avec nos différents dossiers, c’est la pression des lobbies - soi disant « écologistes »
- contre la viticulture. Bien qu’encore très localisés, ils constituent une vraie menace pour notre profession. C’est souvent mal compris dans nos villages qui ont une tradition viticole ancienne, où tout le monde est très attaché à la vigne et vit, avec elle, en bonne intelligence et parfaite harmonie. Alors que nous investissons sur la recherche, sur la viticulture durable, sur des projets comme Anaxagore (NDLR : voir page 25), dès que l’on s’approche de la région parisienne, on se heurte à des personnes qui ont de très forts a priori. Celles-ci travaillent ailleurs, vivent en Champagne et considèrent notre région comme une cité-dortoir où nous sommes souvent taxés de « pollueurs ». Dès lors, planter de la vigne devient un vrai « casse-tête ». Cette situation est aggravée par le fait que dans de nombreuses communes, les vignerons ne sont plus présents au sein des conseils municipaux. Du coup, la viticulture n’est plus intégrée au développement de la commune, à l’entretien des chemins, à l’aménagement hydraulique… Je me fais fort, en tant que président du SGV, d’anticiper sur tous ces dossiers, mais chacun doit aussi s’investir dans sa commune, dans sa région… Avouons qu’il y a une certaine incohérence entre, d’un côté, ceux qui donneraient cher pour être intégré à l’aire d’AOC avec l’argument que le champagne est source de développement économique donc d’emplois et, d’un autre côté, ceux qui ne veulent pas de vignes dans leur village au prétexte que nous sommes la cause de tous les maux ! Ainsi, à Chartèves, village intégré dans l’aire AOC, cela fait 25 ans que l’on ne peut pas planter de la vigne… faut-il sortir Chartèves de l’appellation ? Les politiques doivent se positionner clairement. Ca ne peut pas durer comme ça encore 10 ans. Je me battrai, cela m’exaspère  !

Quels sont les principaux enseignements que vous tirez de votre première année de présidence ?

J’ai été élu à un moment très difficile tant pour le Syndicat que pour la Champagne puisque la crise économique battait son plein. Aujourd’hui, je suis satisfait de constater que les vignerons mettent leur Syndicat en tête de la pyramide du fonctionnement de notre organisation. Tout le monde travaille, et la volonté d’avancer est intacte. Dans son environnement local, régional, national et international, le SGV a maintenu sa place face à ses partenaires négociants, et va continuer ainsi. J’espère pouvoir partager le plus largement possible toutes mes idées au service de la profession. Ce à quoi j’aspire, c’est que mes enfants puissent vivre de leur métier de vigneron comme nous en avons vécu. Tout cela, je le fais par passion.



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