Vendange nocturne - Vanault-le-Châtel

Cueillette au clair de lune pour le champagne Trepo Leriguier

Cueillette au clair de lune pour le champagne Trepo Leriguier
C’est devenu une tradition et un moment privilégié de la vendange pour le champagne Trepo Lerigiuer, à Vanault-le-Châtel. Deux heures durant, au crépuscule, cueilleurs et débardeurs ont oeuvré sur une parcelle de 28 ares dédiée à la cuvée spéciale « Songe d’une nuit de vendanges ».

Equipés de lampes frontales, de vêtements chauds et d’une bonne dose de courage, vingt vendangeurs ont récolté les raisins du coteau Laubarmont, à Vanault-le-Châtel, dans la soirée du 7 septembre. A la lueur d’une lune presque pleine… et de spots lumineux spécialement installés pour l’occasion. Soit 28 ares de vignes plantées en 1991 et l’équivalent de 2 500 bouteilles réservées à la cuvée « Songe d’une nuit de vendanges », signée Trepo Leriguier. Parmi les cueilleurs, Guillaume et Laurianne participent pour la deuxième année à cette vendange nocturne. « On travaille dans une ambiance très conviviale et dans des conditions plus agréables. Il fait moins chaud, l’équipe est détendue, c’est une chouette expérience. » Samuel et Thomas, les chefs d’équipe, saluent eux aussi l’esprit solidaire et chaleureux de cette opération. « C’est un moment privilégié des vendanges. Ça représente environ deux heures de cueillette et ça demande une certaine vigilance. L’an passé, l’un de nous est tombé dans une caisse en descendant l’allée un peu vite. Rien de grave, mais il faut conjuguer avec le manque de visibilité. En revanche, grâce au froid, le raisin se tient mieux lorsqu’on le débarde. » A l’issue de leur labeur, les équipiers ont trinqué en dégustant le millésime 2008 de la précieuse cuvée. Un extra brut blanc de blancs aux notes salines et vivifiantes, né de la toute première récolte nocturne de Laubarmont. « On reviendra volontiers l’an prochain », glissent d’ores et déjà certains vendangeurs.

Le froid, un allié naturel contre l’oxydation du raisin

De quoi réjouir Bertrand Trepo, à qui l’on doit cette initiative perpétuée depuis maintenant dix ans. « Nous avons été les premiers à organiser une vendange nocturne en Champagne. Et je suis content de voir que d’autres vignerons se lancent aujourd’hui dans ce pari fou. » L’idée lui est venue lors de ses voyages en Napa Valley, une région viticole californienne réputée pour la qualité de ses vins. « J’avais visité plusieurs wineries avant de m’installer à Vanault-le-Châtel. Là-bas, les raisins blancs sont vendangés le soir ou au petit matin, et quelques degrés peuvent faire la différence. Le froid ralentit le développement de la pourriture et l’oxydation du fruit. C’est un facteur clé pour limiter la vitesse des réactions chimiques et pour éviter les notes de compote ou les arômes passe-partout sur le chardonnay. » Là où d’autres régions, comme le Bordelais par exemple, utilisent la glace carbonique pour conserver le raisin fraîchement cueilli, le champagne Trepo Leriguier mise sur un processus naturel. Du côté des températures, en Champagne, le différentiel peut facilement atteindre les 10 degrés  entre le jour et la nuit, parfois plus en septembre. Idéal, donc, pour une vendange optimisée, à condition de presser rapidement la récolte.

Des débuts laborieux

Evidemment, il a d’abord fallu éprouver le dispositif. Et Bertrand Trepo garde un souvenir impérissable de sa première vendange nocturne. « Un véritable capharnaüm ! Nous avons vendangé jusqu’à 4 ou 5 heures du matin cette nuit-là. On manquait de lumière, on ne voyait pas toujours si les caisses étaient vides ou remplies. On a été inefficace au possible, mais on était tellement heureux de le faire ! » Certains pessimistes ont également tenté de le dissuader, arguant le coût et la difficulté technique de cette démarche. En vain. « C’était du jamais-vu dans le Vitryat. Forcément, ça a fait jaser ! Les gens se demandaient ce qui me passait par la tête, mais ils sont venus nous voir toute la nuit. Aujourd’hui, c’est devenu une tradition pour notre champagne, et ça reste un moment incroyable chaque année. Plusieurs de nos clients sont amoureux de cette cuvée unique. Nous les accueillons sur site pendant la vendange nocturne pour qu’ils découvrent les coulisses de son élaboration. »

Une réflexion sur le contenant

À plus long terme, la possibilité d’étendre l’expérience à d’autres parcelles n’est pas exclue. « Nous sommes désormais rodés sur la logistique. Je me dis que nous pourrions être un peu plus gourmands, d’autant que les résultats sont très intéressants qualitativement parlant. » Mais avant cela, le vigneron souhaite améliorer le contenant de sa cuvée. « Pour l’heure, nous la proposons dans un flacon bleu nuit légèrement transparent. Or, ce verre ne protège pas assez le vin de la lumière et ne permet pas de faire de magnum. Et le magnum reste le meilleur contenant pour le vieillissement des vins. »