Trois questions à

Christian Jojot : écrire la suite d’une belle histoire

Christian Jojot : écrire la suite d’une belle histoire
L’Union Auboise célèbre cette année son demi-siècle d’existence. Elu à la présidence du Conseil de surveillance en 2007, Christian Jojot revient sur cette formidable aventure collective.

Quel regard portez-vous sur ces dix années de parcours ?
Nous avons poursuivi l’œuvre et la formidable aventure humaine lancée par nos fondateurs avec à sa tête le regretté Pierre Gillet. Car depuis sa création l’Union a toujours considéré que la croissance n’a de sens que si elle sert la pérennisation des exploitations des adhérents de nos coopératives associées. C’est pourquoi notre stratégie vise toujours la valorisation durable de leurs raisins, l’accompagnement dans leur démarche de progrès, la sécurisation des débouchés au travers de notre contrat groupe auprès de grandes maisons, et un développement autour de marques de notoriété.
Nous avons investi plus de 20 millions d’euros dans l’outil de production, la modernisation de sa chaîne de tirage ou le stockage. Nous avons concentré nos efforts sur nos marques. Tout d’abord sur notre marque Devaux, qui a atteint en 2016 le record de 734 000 bouteilles avec un bond de 15 % en chiffre d’affaires commercial. Nous avons créé un point d’attractivité dans la Côte des Bar : le Manoir du domaine de Villeneuve consacré à Devaux, qui est un écrin pour notre marque phare. Nous avons continué au sein d’Alliance Champagne à repositionner et renforcer les marques Jacquart puis Montaudon depuis 2010, qui représentent aujourd’hui 65 % des ventes du groupe. Evidemment la crise économique de 2008 a perturbé ce chantier et nous avons aussi joué un rôle d’amortisseur de celle-ci auprès de nos coopératives associées.
Notre accompagnement des vignerons a aussi évolué : plus de 80 % des surfaces sont suivies avec le logiciel de traçabilité MesP@rcelles ; un dispositif commun avec les deux associées d’Alliance Champagne, a permis à neuf exploitations d’être certifiées et à sept autres de lancer leur projet ; plus de la moitié des surfaces sont engagées dans une démarche de progrès après autodiagnostic. La société Ancrage de prestations viticoles, que nous détenons à 67 % (le reste appartient à Piper-Heidsieck) a doublé son activité entre 2014 et 2017, et elle vient de se doter d’un site logistique afin de faire face à d’importantes demandes.
Dans ce contexte compliqué nous avons été sur tous les fronts et nous affichons de belles réussites.

Aujourd’hui quels sont vos enjeux ?
Comme dans la société, nous sommes confrontés à des tendances à l’individualisme, alors que le contexte, où tout se concentre et s’accélère, incite à plus de collectif. Notre défi vise le rassemblement des hommes, la mutualisation des moyens humains et financiers, l’optimisation des outils, le développement des synergies, la quête de valeur ajoutée en ayant les moyens de ses ambitions et la sécurisation des débouchés en regroupant l’offre. Je suis convaincu que l’érosion des engagements en surfaces de certaines coopératives associées ne va pas dans le sens de l’histoire. Face à cela nous sommes en cours d’améliorer notre organisation. Nous avons l’ambition de mieux répondre aux attentes de nos adhérents en ayant des compétences sur le terrain, d’alléger notre structure, d’améliorer notre cohésion et d’être encore plus efficace en aval dans notre quête de valeur ajoutée grâce à une force de frappe commerciale à la dimension des marchés. C’est à nous de savoir bâtir l’avenir que nous voulons.

Comment percevez-vous cet avenir ?
Je vais me référer à ce que nos fondateurs ont été capables de bâtir avec des efforts remarquables dans un contexte très difficile. Les pertes de marché du vignoble sont aujourd’hui une alerte. Il est essentiel que la coopération resserre les rangs, et elle y travaille, pour valoriser ses marques au profit de ses adhérents mais aussi participer au maintien des équilibres champenois. Dans notre Côte des Bar la coopération a su être pionnière en réunissant ses forces. Elle est reconnue pour ses succès et sa dynamique tant auprès de ses coopératives associées que de leurs adhérents. Je salue à cette occasion le rôle essentiel que Laurent Gillet, notre président du directoire, a joué depuis plus de 30 ans dans cette construction. Une page se tournera en janvier 2019 : il quittera ses fonctions. Notre défi sera de continuer d’écrire cette belle histoire.