Catalina Melniciuc

Accent tonique !

Accent tonique !

Vous devez vous connecter à l'aide de votre identifiant et de votre mot de passe d'abonné
au magazine La Champagne Viticole pour accéder à ce contenu.
Votre identifiant et votre mot de passe vous ont été communiqués par e-mail lors de l'activation de votre abonnement à lachampagneviticole.fr.




Mot de passe oublié ?

Souvenirs d’enfance…

Sans doute quelques souvenirs de bande dessinée de notre enfance nous rappellent-ils que le célèbre Tintin est passé par la Moldavie à l’occasion d’une de ses multiples aventures. A part ça, la Moldavie…
En parlant de la Champagne, on évoque souvent une terre de passage, un lieu de croisements, de conflits… Mais que dire, alors, de cette Moldavie, tant convoitée et disputée au cours des temps, porte d’accès à l’Asie d’un côté, à l’Europe de l’autre ?
Longtemps sous domination turque, du début du XVIe siècle à la fin du XVIIIe, elle sera en partie annexée par l’Autriche avant d’être « libérée » en 1812 par la Russie. Un siècle plus tard, l’indépendance de la République démocratique de Moldavie est proclamée en 1917, mais elle est bientôt rattachée à la Roumanie, dès 1918. Elle passera sous domination de l’URSS au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Il faudra attendre la politique de perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev, à la fin des années 80, pour que se développe un mouvement d’autonomie, un retour à l’identité roumaine, donc latine, qui aboutira, le 27 août 1991, à une seconde proclamation d’indépendance et à la naissance de la République de Moldavie, rapidement reconnue par la communauté internationale.
Si la Moldavie est aujourd’hui un « petit » pays de quelque 34 000 km2 pour une population de 3,7 millions d’âmes (la région Grand-Est a une superficie de 57 500 km2 et compte 5,5 millions d’habitants), la Moldavie historique et géographique reste partagée entre la Roumanie, la République de Moldavie et l’Ukraine.

Du cyrillique au latin

En 1991, Catalina Melniciuc avait 6 ans à peine. Elle conserve en mémoire quelques images des grandes manifestations en faveur de l’indépendance qui secouaient alors Chisinau, la capitale, où vivait sa famille. « Les Moldaves voulaient s’affirmer comme tels. Dans les campagnes, les gens parlaient moldave alors que les Russes voulaient qu’ils parlent russe, pour effacer leur identité. Cette période a marqué mon éducation car, après l’indépendance, il y a eu une importante transition économique, sociale et culturelle. L’économie du pays s’est effondrée puisque l’URSS en détenait les clés à travers la centralisation ; à l’école, nous sommes passés des livres écrits en cyrillique aux livres écrits en latin. Mais je me souviens surtout qu’il n’y avait plus d’argent… »

 

Ambassadrice du champagne

C’est juste sous la pression amicale de ses élèves du CFPPA que Catalina Melniciuc s’est inscrite au Concours européen des ambassadeurs du champagne. « L’un des aspects intéressants de ce genre d’épreuve, ce sont les nouvelles rencontres que cela permet de faire. La préparation du concours a été pour moi un moyen de travailler avec mes collègues du CFPPA, d’apprendre de leur part. Et je tiens à remercier tout particulièrement Jean-Marc Boucher, du lycée d’Avize, qui m’a beaucoup aidée dans cette préparation et m’a fait profiter de son expérience. »
Pour cette édition 2017, il fallait plancher sur un thème assez costaud : dégorgement et dosage dans l’élaboration du champagne.
Dans ce concours, la pédagogie est très importante puisqu’il s’agit de « présenter » et « d’expliquer » le thème devant un jury, comme on pourrait le faire devant une classe. D’autant plus facile, donc, lorsque l’on enseigne déjà, comme Catalina. « Pas du tout ! Au contraire, c’est très difficile. C’est une épreuve, c’est un concours, et il y a une vraie pression à gérer face aux professionnels du jury, surtout lorsque l’on doit traiter le sujet en 20 minutes (et moi, j’ai l’habitude de faire de cours de plusieurs heures) en dégustant les vins en même temps… »
Tout de même, savoir structurer une présentation, comme le fait tout professeur, n’est pas négligeable et la clarté de l’exposé de Catalina, au soutien de ses connaissances techniques, a séduit le jury.
La voilà donc ambassadrice française du champagne. « Cela apporte un réseau, une forme de reconnaissance puisque je partage et transmets ce que j’ai appris – et ce que l’on m’a appris – du champagne. »
A noter que Catalina Melniciuc est la première étrangère à représenter la France pour la finale européenne (*).

(*) La finale du Concours Européen des Ambassadeurs du Champagne s’est déroulée le 8 novembre, c’est-à-dire après la rédaction de cet article et le bouclage de ce numéro.

 

 

Valeur ajoutée

Directeur d’Avize Viti Campus, Jean-Luc Prost se souvient d’avoir fait la connaissance de Catalina Melniciuc à l’occasion d’une visite de cave chez Pommery. « J’étais accompagné d’un collègue sud-africain, et j’avais demandé à son intention une visite en anglais. Et c’est Catalina qui a officié. » Au fil de la discussion, qui déborde un peu le simple cadre de la découverte des crayères, Catalina évoque son parcours et sa disponibilité pour faire… autre chose. Echange de cartes. Quelques jours plus tard, Catalina envoie un mail à Jean-Luc Prost. « Son parcours initial – avec sa formation d’ingénieur, son master international vintage à Angers et son diplôme d’œnologue – et son multiculturalisme étaient tout à fait séduisants, et j’étais à la recherche de quelqu’un qui apporte un nouveau souffle à la coopération internationale que nous voulons développer à Avize Viti Campus. » A quoi il faut ajouter que la jeune femme parle roumain (ou moldave…), russe, anglais et bien sûr français. Une rencontre plus tard avec Catherine Delbecque, directrice du CFPPA, et Catalina intègre son équipe. Jean-Luc Prost : « Elle apporte une créativité pédagogique différente. C’est très intéressant pour l’équipe pédagogique. Elle est appliquée et impliquée, non seulement au CFPPA mais aussi auprès des autres composantes d’Avize Viti Campus. Quelqu’un comme Catalina Melniciuc représente une vraie valeur ajoutée pour un établissement comme le nôtre. »