Etats généraux de l’alimentation

La filière vins française veut relever le défi de la viticulture durable

La filière vins française veut relever le défi de la viticulture durable

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Engagement social
– limiter l’exposition aux produits phytosanitaires avec comme engagement principal de ne plus utiliser d’ici à cinq ans des produits nécessitant le port d’équipement de protection individuelle après les délais de réentrée ;
– demander que les autorités françaises ne renouvellent pas les autorisations de mise sur le marché de ces produits ;
– travailler en partenariat avec la MSA pour limiter les accidents du travail et les troubles musculo-squelettiques ;
– souligner l’ancrage des activités vitivinicoles dans les territoires en promouvant les métiers de la vigne et du vin et en engageant un dialogue avec les riverains et la population pour intégrer la pratique vitivinicole dans la vie locale.

Engagement environnemental
– dans chaque région viticole, promouvoir et faciliter la certification environnementale des entreprises, avec un objectif de 50 % des exploitations certifiées HVE à 2025 ;
– dans chaque région viticole, participer à la lutte contre le réchauffement climatique en promouvant de bonnes pratiques ;
– d’ici à trois ans, dans tous les vignobles, ne plus utiliser d’herbicides chimiques sur au moins 50 % de la surface (hors vignobles en forte pente) avec, à terme, un objectif de sortie des herbicides ;
– de n’utiliser que des matériels de pulvérisation limitant la quantité de produits et les phénomènes de dérive (avoir renouvelé dans les cinq ans 66 % du matériel peu performant) ;
– privilégier l’usage de produits phytosanitaires alternatifs ;
– modifier nos cahiers des charges d’indications géographiques afin de permettre un mode de conduite différent, économe en produits phytosanitaires, et, sur une partie de la surface des exploitations un encépagement avec de nouveaux cépages résistants aux principales maladies que sont le mildiou ou l’oïdium.

Pour tenir ces engagements, le plan de filière vins rappelle que les principales conditions de succès sont une aide à l’investissement au changement du parc de pulvérisateurs, une aide au changement de pratiques culturales (par une subvention d’exploitation les cinq premières années), la possibilité de modifier les cahiers des charges, un effort accru dans la politique d’obtention de nouveaux cépages résistants aux maladies.

Engagement sanitaire
– donner plus d’informations aux consommateurs sur la production de vins, sur les effets positifs d’une consommation mesurée et équilibrée, sur les effets négatifs et les conséquences des abus et des conduites à risque ;
– dès fin 2018, mettre à disposition des consommateurs des e-etiquettes qui présenteront les informations énergétiques, celles sur la production et les bons comportements ;
– s’associer à une politique de prévention co-construite avec les pouvoirs publics sur les conduites à risque et abusives ;
– contribuer à la lutte contre le syndrome d’alcoolisation fœtale ;
– entamer une démarche de labellisation des fêtes viticoles responsables et de formation des futurs professionnels du vin aux bonnes pratiques en matière de consommation responsable.

Trois questions à Denis Velut
Avancer, avec pédagogie et patience

Denis Velut, administrateur du SGV Champagne et vigneron à Montgueux, a fait partie d’un d’un groupe de travail des Etats généraux de l’alimentation dédié aux réflexions sociales, sociétales et environnementales. « Pour moi, le principal sujet des Etats généraux de l’alimentation, c’est la relation entre les producteurs et les acheteurs, négociants ou représentants de la grande distribution, indique-t-il. Les discussions étaient très ouvertes, toutes les composantes du vignoble français étaient représentées, production, négoce, institutions. Il était important pour nous, les producteurs, de bien mettre dans les esprits de chacun les questions liées à la production. »

Denis Velut, sur la question de la sortie des produits phytosanitaires, et sous réserve de trouver des voies alternatives fiables, où en est-on ?
L’objectif, c’est la réduction, jusqu’à 0, de l’utilisation des herbicides, exception faite des vignobles à forte pente et à forte densité de plantation. Même chose pour les produits phytosanitaires classés cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR), sans exception. Pour les autres produits, on préconise une optimisation des doses.
Le sujet des alternatives fiables, c’est effectivement important. Tout n’existe pas encore aujourd’hui. On nous présente depuis quelque temps des nouveaux produits de biocontrôle comme étant la panacée pour l’avenir, mais aujourd’hui, nous restons un peu sur notre faim. Le soufre, par exemple, qui est un ancien produit de biocontrôle, fait ses preuves. C’est aussi le cas des dispositifs qui entrent dans la mise en place de la confusion sexuelle. Pour de nombreux produits plus récents qu’on nous présente, parfois cela fonctionne, parfois non, selon les contextes ou les conditions d’utilisation, mais le problème, c’est que nous ne réussissons pas à comprendre parfaitement pourquoi cela marche ou non. A court terme, nous devons d’abord comprendre comment ces produits fonctionnent, quelle est leur efficacité réelle et comment adapter les conditions d’utilisation pour en améliorer l’efficacité.

Et sur les matériels ?
A l’échelle de la France, il y a aussi un gros travail à faire dans l’utilisation des pulvérisateurs. En Champagne, nous avons dès 2003 alerté sur la médiocre efficacité des appareils non face par face et sur leur mauvais profil environnemental (dérive) et nous proposons de les sortir des règles de condition de production début 2019. En France, tous les vignobles ne sont pas logés à la même enseigne. Nous sommes globalement très en avance en Champagne sur ce sujet et ceux de la viticulture durable en général. Le travail des services techniques de l’interprofession, depuis 25 ans, a porté ses fruits. Sans mettre en place de la réglementation, mais en agissant avec pédagogie, on réalise que l’on a beaucoup avancé, et, surtout, que tout le monde s’est senti concerné.

Quelles sont les attentes et les perspectives en matière de nouveaux cépages en Champagne ?
Les chercheurs de l’Inra poursuivent les travaux de recherche, en concentrant sur des plants hybrides toutes les caractéristiques de résistance à l’oïdium, au mildiou, etc. et en cherchant à mettre en évidence qu’il existe bien plusieurs gènes de résistance. S’il n’y en a qu’un, la maladie est capable de le contourner. Donc en France on a plutôt décidé d’être patient, de reporter de deux, trois ans, pour garantir des nouveaux plants réellement capables de résister aux maladies. En Champagne, avec la deuxième génération d’hybrides, on cherche à croiser les plants portants plusieurs gènes de résistance avec des plants de pinot noir, meunier et chardonnay. Les essais pour cette deuxième génération ont commencé à il y a trois ans, à Colmar et à Montpellier. On a aujourd’hui en serre des plants croisés que l’on pourra tester prochainement, en micro-vinification, pour voir les qualités. On ne sait pas encore non plus si les plants en question supportent les fortes gelées et les forts coups de chaleur. Avec la vigne, on travaille sur une plante pérenne, on n’a pas vraiment le droit à l’erreur. Encore moins chez nous avec la champagnisation. Donc, soyons patients. Les chercheurs nous disent de ne rien espérer avant 2030 dans nos vignes.