Grêle et orages

Après la tempête, la Côte des Bar entend redresser la barre

Après la tempête, la Côte des Bar entend redresser la barre

Des grêlons impressionnants, tombés notamment dans le secteur de Loches-sur-Ource.

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Champagne Ruppert-Leroy :
le tressage, moyen de déstresser la vigne

Pour Bénédicte, tresser la vigne, c’est un « réflexe à prendre ». On travaille dans l’horizontalité en faisant attention de ne pas briser les tiges. Le premier passage est plus compliqué à réaliser que les deuxième et troisième visant à « renfiler les brins » sortis plus tardivement. La vigne gagne en aération.

Bénédicte et Emmanuel Ruppert-Leroy ont ajouté le tressage parmi la panoplie des travaux effectués sur leurs vignes cultivées en biodynamie à Essoyes. Pourquoi cet effort supplémentaire ? Parce que, pour eux, dans la morphologie de la plante, la tête (l’apex) joue un rôle important et il n’est plus question d’écimer, ce rognage étant un facteur de stress pour la vigne, particulièrement au moment de la fleur. Avec trois passages de tressage dans l’année, ils mesurent des effets positifs sur la santé de leurs ceps.

Comment vous est venue l’idée du tressage et pourquoi ajouter cette tâche supplémentaire ?

Emmanuel : Dans toutes nos actions, nous souhaitons mettre la plante dans les meilleures dispositions pour qu’elle soit en bonne santé, ce qu’on appelle la prophylaxie. Pour nous, le rognage produit sur la plante des effets assez proches des blessures pouvant être causées par les orages, par exemple. La vigne ne peut pas vouloir pousser et fructifier, ce qui vital pour elle, et avoir en même temps à se défendre d’une agression. Dans le bio, nos moyens de lutte s’avérant plus limités, nous avons tout intérêt à maintenir toute sa vitalité à la plante, à préserver sa santé. Elle doit pouvoir concentrer ses moyens sur ses raisins et ne pas chercher à créer un nouvel apex. Il faut savoir que c’est grâce à cet apex, véritable pôle neurosensoriel, que les informations sont transmises au végétal pour qu’il réagisse face à ce qui peut lui nuire : une agression, une piqûre, une tâche de mildiou, etc. Elle pratique alors une forme d’isolation cellulaire et cherche à neutraliser le problème rencontré.

Bénédicte : La vigne est une liane que l’homme a sorti de son contexte naturel pour la cultiver. Elle a une phase de recherche de verticalité puis elle retombe. La biodynamie intègre cette dimension de forces qui tirent vers le haut et qui tirent vers le bas, se rapprochant du sol. On est dans une forme de dichotomie où la plante cherche à faire de la feuille — phase de fertilité et d’occupation de l’espace — et un besoin de concentration pour faire du fruit — phase de conservation et de structuration.

Emmanuel : Le tressage rentre dans cette logique visant à permettre à la plante de gérer ce qui est bénéfique pour elle. C’est une idée qui nous trottait dans la tête depuis un certain temps. Lors d’un stage effectué à Angers il y a quelques années, nous avons suivi l’intervention d’une personne engagée dans cette pratique sur une grosse exploitation du Sancerrois. Elle nous a fait comprendre que les jeunes feuilles, en priorité dégagées par le rognage, synthétisent des choses différentes par rapport aux plus vieilles feuilles. Elles ont leur mot à dire, donc, et participent aux équilibres des vins, selon ce professionnel. Il avait, sur son exploitation, les moyens de comparer les résultats offerts par les deux pratiques réalisées : rognage ou tressage.

Vous faites partie des pionniers du tressage en Champagne et la méthode pourrait faire des émules…

Bénédicte : Sur nos quatre hectares de vignes, nous avons fait le choix de tout tresser dès lors que nous avons décidé de nous lancer dans ce type d’opération manuelle supplémentaire. Cela accroît certes, encore un peu la charge de travail, mais c’est pour la bonne cause et c’est assez plaisant à faire en équipe. Nous avons démarré en 2014, mais, en raison de complications liées à un phénomène de gelée suivie d’une grosse attaque de mildiou sur brin en 2016, il nous a fallu faire l’impasse sur une année. Ensuite, c’est reparti de plus belle. Aujourd’hui, nous sommes convaincus par les atouts de la pratique, laquelle peut s’effectuer aussi bien en biodynamie qu’en conventionnel.

Gel, grêle… les vertus de la consoude

Cette année, la grêle n’a pas épargné les vignes cultivées par le couple essoyen. Une parcelle a été touchée entre 20 à 30 %. « On s’en sort mieux que d’autres vignerons dans les environs, mais il y a toujours un risque de coulure », craignent-ils. Dans la panoplie des plantes (achillée, prêle, camomille…) qui viennent en aide aux vignerons en biodyamie, il en est une qu’ils considèrent particulièrement efficace en cas de blessures produites par les gelées et par les orages de grêle, c’est la consoude. « Dans les livres anciens, on l’appelle ‘l’herbe aux guerriers’, tout simplement parce qu’elle permettait de soigner les plaies chez l’être humain », rappelle Emmanuel. « En cas d’impacts liés aux aléas climatiques ou lors de la perte du capuchon floral sur les grains, nous l’utilisons en extrait fermenté ou en tisane pour qu’elle agisse sur la plante et participe à la cicatrisation », complète Bénédicte.

Au milieu de rangs de chardonnays d’un beau vert tendre, où l’équipe du domaine s’active à tresser, Bénédicte montre les blessures occasionnées par des impacts des grêlons tombés courant mai. Leurs effets restent bien visibles sur les feuilles, pour certaines déchiquetées. Par ailleurs, des marques brunes jalonnent les tiges. Ces dernières sont parfois cassantes comme du verre lors de la manipulation rendue nécessaire par le tressage. Il faut s’employer avec dextérité et beaucoup de souplesse. Pour leur part, les grappes ont conservé leur vigueur au stade de grain de plomb et les époux Ruppert-Leroy se montrent plutôt confiants. « La consoude utilisée a permis la réparation après le coup de grêle. Notre vigne reste jolie. »