"Champagne La Bienveillance"

Paul Gonet, Compagnon du devoir tonnelier, et vigneron

Paul Gonet, Compagnon du devoir tonnelier, et vigneron

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Un coup de foudre pour Gaston Cheq

Trois fûts de 600 litres chacun ! En l’espace d’un dimanche ensoleillé et en public, Paul est parvenu à mettre en œuvre de belles pièces de bois destinées à la coopérative qui lui est chère, son père y ayant adhéré dès ses débuts de vigneron, son frère Louis siégeant au conseil d’administration. « Les dirigeants m’avaient sollicité car ils avaient un projet de cuvées spécifiques autour de Gaston Cheq. Je n’ai pas hésité une seconde à l’idée de façonner ces fûts, les tout premiers mis en service au sein de la Coop’ des Coteaux du Landion, car ils vont permettre la poursuite du travail de valorisation des raisins produits dans notre région », estime Paul Gonet. Le choix s’est porté sur des demi-muids plus gros que les habituelles barriques bourguignonnes de 228 litres parce que, à ses yeux, ils « constituent un bon compromis ».

« L’objectif n’est pas d’obtenir du boisé ou des arômes torréfiés, mais au contraire d’affirmer le véritable caractère du champagne, en recherchant le fruit et la subtilité. Mais pourquoi pas, aussi, une petite touche de vanillé. Un plus grand contenant y participe. Pour les blancs, en général, le fût de 600 litres s’avère être un format assez génial », affirme le compagnon tonnelier.

Loin de son atelier, le 8 juillet, durant la journée porte ouverte de la marque trentenaire, il s’y est pris un peu à la manière d’un MacGyver pour tendre la chaîne servant au cintrage des fûts entre un pilier du bâtiment et un transpalette. Il a aussi procédé à l’étape emblématique, guettée par nombre de visiteurs, de la chauffe. « Ici, une chauffe lente et courte », révèle-t-il en précisant que « la fabrication d’un tonneau est un travail qui relève de l’excellence. Seulement 6 % de la production française de vin bénéficie d’un vieillissement en fût de chêne. Le chêne français doit être privilégié car la finesse de son grain est incomparable. Veillons donc à ce que tous nos chênes ne soient pas captés par la Chine… » Intarissable sur le sujet, il a pu expliquer ses gestes, délivrer sa passion en live, suscitant peut-être des vocations de tonneliers parmi les jeunes présents. « Nous avons l’esprit coopératif, et cet esprit se caractérise, entre autres, par la notion de partage », conclut-il. Ses tonneaux sont terminés, désormais, au tour du chef de cave de Gaston Cheq de jouer sa partition.

Louis, le grand frère : un parcours aux antipodes

® Ph.Schilde_Agence Info

Des traits de ressemblance existent entre Paul, 29 ans, et son frère Louis, 30 ans. La couleur claire de leurs yeux et la rousseur de leurs barbes, notamment. Mais, côté caractère, les deux hommes sont différents et ils assument chacun parfaitement leur façon d’être et les parcours qui les ont conduits, au final à la même destination, dans les vignes familiales de Couvignon. Paul est  « plutôt le manuel » du duo et son aîné, « l’intellectuel ». Derrière ce distinguo taillé un peu à la hache, ils perçoivent un réel avantage : « C’est plus un atout qu’un inconvénient. Nous nous complétons très bien. Cela s’avère utile à l’entreprise », affirment-ils, complices.

Passé par l’Ecole de commerce de Clermont-Ferrand, Louis est diplômé en management. Un stage, durant ses années d’études, l’a amené à travailler sur les problématiques de logistique chez Pernod. « Quand j’étais enfant, je collectionnais les verres de cette marque… », observe celui qui a très vite intégré cet important groupe de l’univers des vins et spiritueux : « Pernod m’a envoyé travailler au Mexique, d’abord à Guadalajara, deuxième ville du pays, puis dans la capitale, Mexico ».

Louis y occupe un poste de responsable du service clients et il rencontre sa future épouse — laquelle, originaire du pays, a créé une cave à vins sur place — quand son père l’interpelle, lui proposant de revenir s’occuper du domaine. En effet, il envisage de prendre sa retraite sous… quelques mois. « C’était en juillet 2015. Sa décision est apparue un peu brutale, mais nous avons fait le choix de revenir au pays et d’enclencher à sa suite, Paul étant d’accord pour m’accompagner dans ce projet tout en conservant des activités d’enseignement dans la tonnellerie.

« Tout au long de notre jeunesse, nous avons été sollicités pour intervenir dans les vignes, surtout dans les coups de bourre. Je l’avoue, nous y allions plus par obligation que par plaisir… A mon retour, en pleine vendange 2015, j’avais évidemment beaucoup à apprendre sur le métier de viticulteur et il me fallait me former au plus vite. Avec un Bac +5, cela ne suffit pas ! J’ai suivi un BPREA (Brevet professionnel responsable exploitation agricole) option viti et je m’y suis mis à fond. Il faut faire une campagne de A à Z pour mieux comprendre la vigne et ses besoins. Nous avons eu des années difficiles en 2016 et 2017, mais désormais, nous sommes bien en piste et, personnellement, je m’éclate », s’enthousiasme Louis. Il sait aussi pouvoir compter, sur la longue expérience acquise par le papa, Bernard, en trente années de métier dans la Côte des Bar. « Pour avancer et faire les choses de manière cohérente, nous avons parfois besoin de son recul, de son vécu de terrien », avoue-t-il.

Ph.S.