Engagé

Hugues Pereira, respect et protection de l’environnement

Hugues Pereira jeune Vigneron Mailly ChampagneRécoltant coopérateur pour Mailly Grand Cru et représentant du champagne Christian Muller, Hugues Pereira valorise la viticulture durable et fourmille d’idées… « Nul bien sans peine » reste la devise de cette famille, depuis dept générations dans les vignes.Apprendre, avancer, se remettre en cause… Hugues Pereira résume cette nouvelle génération de vignerons qui ne s’endort pas sur ses lauriers.
Alors étudiant au lycée viticole d’Avize, Bac techno sciences et technologies de l’agronomie et du vivant puis BTS viticulture œnologie, le jeune Champenois choisit d’effectuer ses stages pratiques hors Champagne, au contact de récoltants-manipulants. Chez Pierre et Jean-Baptiste Lebreuil à Savigny-lès-Beaune « pour travailler la vinification en rouge, une pratique peu commune chez nous ». Puis en Alsace, chez Bruno Sorg à Eguisheim. « Durant ce stage d’été, alors que j’étais déjà sensibilisé par l’école sur tout ce qui touche à l’environnement, j’ai beaucoup appris sur le palissage, l’enherbement, le travail du sol. Et j’ai été définitivement convaincu de l’importance d’une viticulture durable, notion vraiment en avance dans cette région viticole. » Voir plus loin que le bout de ses vignes : impératif selon Hugues : « C’est toujours bon de comparer différentes techniques, de voir ce qui se fait ailleurs. On ne peut rester ancré dans notre Champagne. Cela permet aussi de discuter avec nos clients, qui restent demandeurs, sur la façon de créer des vins rouges, sur ce qu’est un pigeage ou un remontage, sur la vinification des vins moelleux ou liquoreux… C’est utile d’apprendre ce qui se fait près de chez nous et plus loin… »
A la sortie d’Avize, diplômes en poche, Hugues travaille durant une année comme caviste à la coopérative Mailly Grand Cru, adresse très qualitative. « J’ai pu y apprendre la vinification, le travail du vin. Aujourd’hui encore, mes relations avec cette coopérative, comme celles des 69 autres vignerons partenaires d’ailleurs, restent privilégiées avec le chef de cave et l’équipe. Il y a vraiment un esprit Mailly Grand Cru et c’est une chance pour nous tous. »

Pour preuve notamment : tous les week-ends, les viticulteurs récoltants se relaient pour assurer l’accueil. « On discute avec les clients, on parle de notre métier. Nous sommes vraiment bien dans cette coopérative et nous sommes fiers de sa notoriété. C’est pour nous une marque de reconnaissance. Et puis je me reconnais parfaitement dans cette marque pionnière dans la protection de l’environnement et de la traçabilité, tout comme je soutiens son challenge actuel : la certification en viticulture durable ».

« Quand j’ai rejoint l’exploitation familiale, j’ai essayé un peu de tout, même le bio. Mais j’ai souhaité, pour être plus fort face aux années difficiles, pouvoir éventuellement utiliser des produits de synthèse. En 2012, lorsque le vignoble Bollinger s’est fait certifier HVE (Ndlr : haute valeur environnementale) j’ai eu le déclic. J’ai regardé le référentiel et trouvé que cela me correspondait bien. » Hugues, jeune pionner, veut ainsi devenir à son tour un exemple, accompagner l’émulation constatée dans son village et l’appellation, car « la viticulture durable, c’est l’avenir ».

Réguler les dosages, limiter les traitements, enherber, travailler le sol (labour, lame dévitalisante, outils interceps)… une évidence pour Hugues, dont le vignoble est certifié HVE pour trois ans. Une reconnaissance qui s’accompagne bien sûr d’une obligation de résultats, contrôlés par l’organisme indépendant Ocacia : calcul des dosages à l’hectare, plan de fumure, aires de lavage, équipements phytosanitaires…
« La viticulture durable, c’est aussi une philosophie, précise Hugues. Il faut accepter le fait d’avoir de l’herbe dans ses vignes, de travailler ses sols, de passer plus de temps dans les rangs et à observer les maladies, de prendre des risques. »
Dans ses 70 parcelles de 1 are à 1 hectare, l’enherbement est naturel : « Je préfère laisser pousser la flore locale, exercer une concurrence pour la vigne qui saura s’adapter et puiser ce dont elle a besoin. »
« Ce n’est pas parce que nous avons le label HVE qu’il faut s’arrêter. Non, il faut toujours aller de l’avant. » Hugues le prouve en annonçant la plantation d’un hectare de haies et de buissons sur différentes parcelles, notamment pour favoriser la biodiversité. « J’ai appelé un paysagiste pour connaître le type de haies fleurissant l’hiver et l’été, je suis certain ainsi d’avoir des fleurs toute l’année. »
Et de nous livrer un scoop : l’installation progressive de QR Code sur chacune des parcelles. Une « Quick Reponse » (code barre encodé) qui fera office de fiche d’identité, de traçabilité « et qui livrera des infos essentielles aux salariés, clients ou visiteurs : nom de la vigne, année de plantation, rendements, type de culture… »
Respect du végétal, émulation du digital…

« La viticulture durable, c’est aussi une philosophie ». Hugues Pereira


Des bulles familiales
Sur l’exploitation familiale, Hugues et sa maman Hedwige (qui gère les relations clients et la comptabilité) travaillent 15 hectares, plantés en majorité de pinot noir (80 %) mais aussi de ce chardonnay qui « pinote » sur la commune. « Nous sommes donc mono-village, une particularité qui permet notamment de sortir notre épingle du jeu pour les ventes. »
D’abord récoltant-coopérateur pour Mailly Grand Cru, Hugues Pereira commercialise également 15 000 cols sous la marque familiale champagne Christian Muller. Du nom de celui qui a relancé et boosté l’activité en 1960, papa d’Hedwige et grand-père d’Hugues. Un avantage rare auquel il est très attaché « par tradition familiale, mais aussi pour proposer d’autres bulles plus personnalisées. L’idée n’est pas de nous agrandir, la coopérative reste notre priorité ».
Mailly Grand Cru fonctionne beaucoup avec le parcellaire : « Pendant les vendanges, je vois directement avec le chef de cave, Sébastien Moncuit, pour isoler des parcelles. Puis nous faisons nos propres assemblages, en liaison avec le comité de dégustation. Nous effectuons également des essais pour déterminer le meilleur dosage. »
Le champagne familial propose ainsi deux cuvées, le brut sans année et le millésime 2006, ainsi que le dernier bébé nommé ratafia. « J’essaie dans mes vins d’obtenir toujours plus de fraîcheur et de légèreté. Quelque chose qui me ressemble et correspond vraiment au travail de sol effectué. »
Et quel est le ressenti du jeune vigneron sur le millésime 2014 ? « Nous avons débuté les dégustations d’assemblage. Les vins ont du peps et sont très aromatiques, on sent qu’il y avait du degré à la vendange. On note aussi de la rondeur, de la charpente. C’est sûr, nous aurons de la complexité. »