Réduction des intrants

Les réseaux Dephy champenois montrent la voie

webDepuis quatre ans déjà, le vignoble champenois s’est engagé dans la réduction des intrants à travers les réseaux Dephy. Dans le cadre du plan Ecophyto, ce ne sont pas moins de trois réseaux de fermes (une dans l’Aube et deux dans la Marne) qui ont été mis en place pour montrer que la baisse d’emploi des intrants est possible. Chaque réseau bénéficie d’un encadrement des chambres d’agriculture chargées d’animer le groupe et permettre à chacun de faire évoluer ses pratiques.

 Il est rapidement apparu que la réduction des intrants passerait par une approche globale du travail à la vigne. Pour cela  « l’effet groupe a permis de progresser plus rapidement » commente Nicolas Chauvet, vigneron à Tours-sur-Marne. « Chacun possède ses propres idées et il est bien reconnu que plusieurs cerveaux valent mieux qu’un pour atteindre un objectif », complète Laurent Bénard de Mareuil-sur-Aÿ.

Ainsi, différents leviers sont levés par l’échange avant même de parler de technique. L’enherbement encore absent de quelques exploitations est rapidement apparu, certains le pratiquant depuis déjà quelques années. Dans certains cas, la vigueur peut baisser un peu. Ce phénomène n’est pas nécessairement un problème sur un vignoble où la volonté de produire des raisins de haute qualité n’a jamais été aussi forte. Un feuillage moins dense permettant une meilleure pénétration des produits. « On facilite la circulation de l’air, qui est peut être le meilleur des anti-botrytis » avoue Cédric Moussé, vigneron à Cuisles. « Je vais mettre en place dès cette année un effeuillage précoce à la nouaison pour encore améliorer ce phénomène dans mes parcelles les plus sensibles au botrytis ».

Les résultats d’essais menés l’an dernier dans les groupes Dephy et les chambres d’agriculture sont sans appel. Ça marche ! Avec des travaux en vert bien menés, il est tout à fait possible de se passer d’intrants pour lutter contre ce champignon.

Gestion de la vigueur de la vigne, de l’oïdium et du mildiou

La gestion de la vigueur peut aussi passer par un regard sur la fertilisation. Les apports systématiques dans certains cas sont devenus adaptés aux besoins de la parcelle, avec parfois des apports seulement tous les deux ou trois ans. La localisation sous le rang permet aussi d’optimiser l’efficacité des engrais.

La gestion du mildiou et de l’oïdium a aussi évolué. Les réductions de dose des anti-mildious et l’utilisation du cuivre à doses réduites sont également des pratiques courantes quand les conditions de l’année le permettent. Des adaptations de dose des anti-mildious au végétal présent sur les deux ou trois premiers traitements sont désormais systématiques, les doses pleines sont réservées à la floraison.

La gestion de l’oïdium reste plus délicate. La façon dont se développe la maladie est encore trop mal connue pour se permettre des écarts maîtrisés. Certains vignerons utilisent des soufres à doses réduites, notamment ceux engagés en viticulture biologique. Toutefois, les produits de synthèse restent les plus utilisés pour leur facilité d’utilisation (produits peu lessivables) et leur efficacité. Dans tous les cas, ces pratiques nécessitent d’avoir du matériel de pulvérisation performant et des réglages fréquents.

L’entretien mécanique du sol a pris sa place dans un contexte où les herbicides sont montrés du doigt. Là aussi un temps d’adaptation et un investissement de départ est nécessaire. Cette alternative au désherbage chimique demande de la patience pour être maîtrisée. De plus, la surface gérée de cette manière doit être progressive.

Cela implique d’ailleurs d’aller jusqu’à réfléchir sa façon de tailler pour monter légèrement les souches. Les risques de casse de brin de pied lors du passage de l’intercep en seront moins importants.

Des résultats parlants

 La baisse des IFT est notoire puisque l’on atteint une moyenne de – 40 % (par rapport à l’IFT de référence champenois 2006) sur les quatre dernières années. Pour certains, la gestion se fait en alternant des produits de contact à dose réduite et des produits de synthèse. Les autres, gèrent la lutte anti-mildiou avec de la modulation et ou de la réduction de dose. Chacun avance dans sa propre démarche au rythme le plus adapté à sa situation. Dans tous les cas, les économies d’intrant faites à la fin de l’année sont importantes.

A ce jour, les réseaux Dephy champenois comptent trente-trois exploitations dont dix engagées en viticulture biologique sur une partie ou la totalité de leur parcellaire. L’utilisation des produits de contact est donc courante et à dose réduite. Le but n’est pas d’imposer la viticulture biologique mais plutôt de faciliter les échanges entre différentes pratiques.

Les emplois d’herbicides ont diminué de façon drastique permettant aux exploitants d’être aujourd’hui prêts face aux évolutions réglementaires concernant la gestion des sols. Les nouveaux herbicides à venir ne seront homologués que pour une application sous le rang.

Quid du reste de la parcelle pour ceux qui ne se sont pas préparés à cette évolution ? Au sein des réseaux Dephy, bien souvent c’est l’enherbement la clé et quelques fois c’est le travail du sol en plein. Là aussi, point de systématisme. Les exploitants ont appris à prendre en compte les conditions de l’année et à s’y adapter. C’est certainement l’une des clés de la réussite.

Enfin, question cruciale dans la production, le rendement. L’impact des changements de pratique sur le rendement, comparé au reste du vignoble est très limité. En 2014, 94 % des exploitations ont atteint le niveau d’appellation. Lorsqu’il ne l’a pas été, ce fût par soucis d’organisation ou par choix de l’exploitant qui préfère diminuer un peu sa quantité de récolte pour se démarquer par la suite en vinification.

Les outils à disposition des viticulteurs pour faire évoluer leurs pratiques et réduire leurs intrants sont nombreux. Par ailleurs, les niveaux d’appellation demandés aujourd’hui ont baissé, ce qui laisse une large place à la prise en main d’une gestion raisonnée des intrants. Alors n’hésitez plus, consolidez votre réussite et participez, vous aussi, à pérenniser l’image de la Champagne comme un vignoble de référence.