Edito

Les fruits d’une année exceptionnelle

Année bénie des dieux, miracle de Saint-Vincent, résultat d’un cycle météorologique très favorable, effets du changement climatique ou de l’engagement dans la viticulture durable… En cette année au cours de laquelle le Comité du Patrimoine mondial de l’Unesco a reconnu la valeur universelle exceptionnelle de la Champagne en l’inscrivant sur sa liste, tout avait donc été prévu pour que 2015 marque l’histoire de notre appellation. Partout, de Saint-Thierry aux Riceys, de Château-Thierry au Perthois, nous avons cueillis des raisins mûrs, à la belle acidité, et d’une qualité sanitaire rarement vue. La vendange 2015 est exceptionnelle.

Assemblée générale de printemps 2015 - SGV

J’entends déjà les observateurs, un brin moqueurs, qui disent que chaque année, nous vignerons, qualifions la vendange à peine achevée d’exceptionnelle. Ils n’ont pas complètement tort, il faut bien reconnaître que ce qualificatif a été galvaudé. A l’avenir, quand le travers nous reprendra, souvenons-nous de la récolte 2015, qui, elle, est vraiment exceptionnelle. Quand nous serons tentés de parler d’exception à propos d’une prochaine vendange, remémorons-nous le goût des raisins cueillis en 2015 et demandons-nous si les prochains s’en rapprochent.
Ces fruits nous permettront sans doute d’élaborer de merveilleux millésimes. Quand nous boirons, dans dix ans, dans vingt ans, ces cuvées de 2015, la valeur exceptionnelle de cette vendange achevée nous reviendra en mémoire.
Il était donc dit qu’en cette année si particulière de rayonnement international de la Champagne, les conditions climatiques seraient idéales. Très tôt, nous avons imaginé la qualité de la récolte. De nombreux touristes l’ont entendu au cours de l’été, après avoir appris où pointer le doigt sur la mappemonde pour situer la Champagne. L’effet Unesco et le bel été ont attiré encore un peu plus de monde dans nos vignes pendant la vendange, moment le plus fort de l’année. Les caves et les sites œnotouristiques n’ont pas désempli. Partout j’entends dire qu’on n’avait jamais vu autant de monde chez nous. Personne n’ose douter de l’impact d’une inscription sur la liste du Patrimoine mondial. Aujourd’hui, l’effet est confirmé.
Alors sachons accueillir nos visiteurs, embellissons nos lieux de réception, sourions, racontons nos vignes et nos vins. L’Unesco nous a offert une magnifique opportunité. Le vignoble doit la saisir et jouer sa partition. Ces touristes, en particulier ceux qui font le tour du monde des sites inscrits au Patrimoine mondial, sachons les convertir en de nouveaux et fidèles consommateurs et faisons entrer et grandir encore plus le mot champagne dans les esprits.
Certes, le contexte contraignant de la loi Evin bride la communication sur nos vins de terroirs, de nos paysages viticoles, de nos traditions et de nos savoir-faire. Le ministère des Affaires étrangères a choisi de faire de l’œnotourisme un pôle d’excellence national et pointé la Champagne comme une destination que la France veut promouvoir en premier lieu à l’international. Cette bonne volonté se heurte toujours aux autorités de santé publique et au lobby anti-alcool. Avant l’été, des parlementaires ont tenté d’amender la loi Macron pour clarifier la loi Evin. Le Conseil constitutionnel a censuré cet amendement. Mi-septembre, une très large majorité de sénateurs a remis le couvert en votant un amendement similaire, dans le cadre de la nouvelle loi de santé publique.

Soutenons ces parlementaires qui défendent le développement économique d’une filière qui a amplement fait ses preuves et qui incarne une certaine idée de la France. Mobilisons-nous auprès de nos élus locaux et nationaux, convainquons ceux qui ne le sont pas encore, pour que notre famille viti-vinicole soit associée à la réflexion entourant les problématiques liées à l’alcoolisme excessif.

Démontrons les atouts de l’éducation et de la sensibilisation à la dégustation. Nos vins et nos champagnes sont exceptionnels : ils le valent bien !