Edito

De la place pour tous et la première pour la Champagne

Conf Champagne Viti

La conférence de La Champagne Viticole qui s’est tenue pendant le VITeff à Epernay, et dont vous prendrez connaissance dans les pages qui suivent, avait un thème volontairement provocateur : « Champagne – effervescents, même planète ? » Ce moment a été une occasion d’entendre des représentants de territoires viticoles producteurs de bulles dresser des louanges à la Champagne.

Dans un contexte économique difficile, la comparaison des courbes de croissance des champagnes, plutôt stagnante, et d’autres effervescents qui progressent, peut faire prendre un peu d’anxiété. Mais j’invite tous les vignerons champenois à réfléchir en ce sens : aujourd’hui, le champagne représente 8 à 10% de la consommation des vins effervescents dans le monde, selon les années, et forcément, cela laisse énormément de place aux autres. Nous le savons, vous le savez, nous ne serons jamais en mesure de fournir des bulles au monde entier. Notre appellation d’origine, notre histoire, nos valeurs et notre modèle si envié sont des garanties de la qualité et de la renommée de nos vins. Si nous sommes un modeste acteur, en volume, n’oublions pas et répétons ce que cette « petite » position représente en valeur : la Champagne pèse 40 à 50% du chiffre d’affaires des vins effervescents dans le monde.

Tous les intervenants présents à cette conférence l’ont dit : quand il s’agit de célébrer un évènement, quand il s’agit de fêter, presque partout dans le monde, les consommateurs privilégient toujours le champagne. Pour les autres vins effervescents, les instants de consommation ne sont pas tout à fait les mêmes. Pour la valorisation d’un moment festif, le champagne prime. Nous devons cultiver et conserver cette image.

Le prosecco a le vent en poupe actuellement, il a convaincu des consommateurs jeunes. Ces consommateurs viendront-ils au champagne ? Peut-être. Mais ils n’y viendront pas seuls. Nous devrons, nous, les Champenois, mobiliser nos atouts et innover pour qu’ils découvrent et soient convaincus par nos produits. Il n’y a rien d’anormal à ce qu’à 20 ans, on aille vers la restauration fast food, puis qu’à 40 ans, on ait envie des plats d’un chef trois étoiles. En revanche, si le restaurant étoilé se met à proposer du fast food, il empêche la distinction et permet la comparaison.

Il y a de la place pour tous les vins effervescents sur la planète, et la Champagne restera à sa place, la première, s’il elle le souhaite et qu’elle s’en donne les moyens, comme elle l’a toujours fait. La croissance ou l’innovation que connaît l’un des acteurs de ce grand marché des effervescents, à un moment donné, nous ne devons pas les mépriser ou les jalouser, mais simplement les considérer comme des moteurs pour envisager notre propre croissance.

La place de leader qu’occupe le champagne, incontestable et incontestée de la part de tous les acteurs des vins effervescents, doit être une source de motivation pour les Champenois. Cela doit être un moteur de croissance. La concurrence, si nous devons la considérer comme telle, ne doit jamais être vue comme quelque chose de négatif, mais comme un aiguillon qui oblige à aller toujours de l’avant, pour rester devant.

Nous avons, nous Champenois, tous les moyens pour y parvenir et nous développons tout pour le faire. En revanche, nous devons tous en être convaincus, unanimement. Parce que si nous ne tirons pas tous dans le même sens, notre train ralentira et nous regarderons peut-être les autres accélérer et nous risquerons de connaître quelques accidents. Continuons la recherche, continuons à innover, continuons à produire des champagnes de qualité, augmentons cette qualité, et nous n’aurons pas de problèmes, nous resterons à la place qui est à la nôtre, avec le plus grand respect qu’il convient d’avoir pour les autres acteurs des effervescents. Et nous irons en Italie et en Espagne boire des bulles et profiter du soleil. Et cela ne devrait poser de problème à personne.