Flavescence dorée

La mobilisation pour la prospection s’impose

La flavescence dorée est aux portes de la Champagne.
La présence un peu partout en Champagne de la cicadelle « scaphoidus titanus », vecteur de la maladie, est une première alerte. L’Union Auboise a organisé le 31 mars dernier une rencontre technique pour mieux comprendre cette maladie et les moyens d’agir.

« Un verrou de protection a sauté avec la présence en Champagne de la cicadelle « scaphoideus titanus », l’insecte vecteur de la flavescence dorée », a averti Géraldine Uriel, des services techniques du Comité Champagne. Cette maladie est aux portes de la Champagne. Elle mobilise un plan de lutte déjà important en Bourgogne, que Jocelyn Dureuil, de la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire, a développé : création d’une station de traitement à l’eau chaude à 50° du matériel végétal (traitement entré dans les cahiers des charges des appellations – 20 millions de plants traités depuis 2005), arrachage de 11,5 ha de vignes dans le Nord Mâconnais en 2012, réseau de surveillance s’appuyant sur 156 responsables communaux, traitements insecticides ciblés (conventionnels et AB) en fonction d’une analyse des risques, etc. Une question se pose inévitablement : la Champagne est encore indemne mais jusqu’à quand ? Pour l’heure, Géraldine Uriel a rappelé que la Champagne se protège et sécurise l’introduction de tout matériel végétal, avec l’obligation de la mention ZP d4 sur l’étiquetage, garantissant son origine d’une zone indemne. « Mais le traitement d’assainissement à l’eau chaude, même s’il n’agit pas comme un vaccin, ne doit-il pas s’ajouter au cahier des charges de l’appellation ? », ont demandé les participants à cette rencontre. Cette inscription est déjà évoquée dans les instances champenoises et elle verra sans doute le jour pour renforcer le dispositif de protection.

Cicadelle « scaphoidus titanus » .

Cicadelle « scaphoidus titanus » 

Mais dès maintenant le Comité Champagne appelle à la mobilisation de tous les acteurs pour respecter la réglementation de protection du matériel végétal, pour se former au diagnostic et pour organiser des opérations de prospection dès la fin août dans les communes viticoles. Il propose aussi un outil mobile de géolocalisation des maladies développé avec l’Inra pour faciliter la transmission rapide des informations sur des cas de suspicion de la maladie. Baptisé Vigi CA, il s’appuie sur une application pour smartphone disponible sur Android et iOS. Une utilisation simple que Pascale Pienne, du Comité Champagne, a précisée : « Il suffit de prendre quatre photos : feuilles, grappes, rameaux et site, puis de les envoyer avec les coordonnées géolocalisées. Si la vérification des clichés confirme la suspicion, les services de l’État procèdent ensuite à un prélèvement pour analyse. L’an dernier sur les 120 prélèvements effectués, 45 résultaient d’un signalement  via VigiCA, et 80 % concernaient des bois noirs. Cependant, mieux vaut un signalement de trop qu’un de moins ».
« Comme il l’est aussi pour les autres régions viticoles touchées par cette maladie, l’enjeu essentiel pour la Champagne se situe dans la capacité des Champenois à respecter la réglementation sur le matériel végétal, à s’organiser et à se mobiliser sur le terrain pour assurer une prospection efficace », a rappelé Maïwenn Prigent (universitaire et chercheur INRA, UMR Lisis) en présentant le projet Fladorisk, une étude sociologique sur les systèmes de gestion, de lutte et de veille contre cette maladie. Or ça n’est pas gagné !
Tout d’abord parce que la motivation n’est pas au rendez-vous, comme l’a illustré la rencontre ouverte à tous organisée par l’équipe technique de l’Union Auboise qui a été loin de faire salle comble.
Ensuite parce que le bilan des contrôles 2015 sur matériel végétal est mitigé : sur 137 lots de plants inspectés, 12 lots étaient sans mention ZP d4 ou présentaient une anomalie d’étiquetage, 6 de ces derniers ont été refoulés, et 6 autres déjà plantés font l’objet d’une surveillance plus fine et seront arrachés en cas de risque. Géraldine Uriel a ajouté que la pénurie actuelle du porte-greffe 41 B, constitue un maillon faible qui peut fragiliser le dispositif de protection. Cette situation a incité linterprofession à envisager la production en Champagne de porte-greffe 41 B sur une dizaine d’hectares, dont le repérage est en cours.
De même l’étalement des 34 000 ha du vignoble champenois et l’importance des inter-plantations atteignant 60 % des plantations, compliquent l’efficacité du dispositif de surveillance. Même si ce dispositif s’accompagne de plusieurs contrôles : des vignes mères de greffons implantées en Champagne par FranceAgrimer et le Comité Champagne (97 % de celles-ci sont exploitées par le Comité Champagne) ; chez les pépiniéristes et les ateliers de greffage par FranceAgrimer ; et chez les vignerons (contrôles aléatoires des étiquettes de conformité des plants).
Enfin, parce que sur huit formations à la prospection proposées l’an dernier par le Comité champagne lors de rencontres et réunions, ou au vignoble en partenariat avec les services de l’État DRAAF et FREDON, seulement quatre ont pu être organisées. La motivation des vignerons est donc un enjeu primordial.