Corinne Genin

« Restons centrés sur nos intérêts communs »

Corinne Genin a pris ses fonctions de directeur général du Syndicat général des vignerons le 24 octobre dernier. Elle occupait auparavant le poste de directeur général de la Chambre régionale de commerce et d’industrie de Champagne-Ardenne.

Qu’est-ce qui vous a motivé à rejoindre le SGV ?
Se voir proposer de travailler pour une appellation si prestigieuse, conduire une politique pour faire en sorte que la Champagne conserve sa position de leader, c’est extrêmement motivant, tout comme rejoindre une nouvelle équipe ambitieuse qui porte un projet de renouveau.
Rejoindre le Syndicat, c’est rejoindre son histoire, ses spécificités et toute la réussite humaine qui fait son patrimoine. C’est responsabilisant et engageant, cela représente un vrai challenge. C’est une structure qui a des racines et des valeurs. Sans doute sont-elles un peu plus diffuses aujourd’hui et nous devons nous les réapproprier. Mais ce qui compte, c’est que ces valeurs soient là.
A titre très personnel, rester en Champagne était important. La réorganisation des chambres de commerce et d’industrie à l’échelle de la nouvelle région Grand-Est ne me convenait pas tout à fait : dans cette nouvelle dimension, on prend le risque de travailler sous le prisme des textes et des réglementations, d’être moins dans les relations interpersonnelles, la distance n’aide pas au partage. Travailler au SGV, c’est travailler à une échelle à taille humaine, sur cinq départements, cela signifie moins de mails et davantage de contacts directs.

Après quelques semaines, quel premier état des lieux faites-vous ?
J’ai rencontré des hommes et des femmes de valeurs, aussi bien parmi les élus que les collaborateurs. Les équipes du SGV sont très compétentes, et je sais que je peux m’appuyer sur leur professionnalisme. Le Syndicat est une structure performante, qui a toujours été à l’écoute du vignoble, qui a su se développer, qui rend des services significatifs et spécialisés aux vignerons de Champagne. Le SGV est une institution offensive, qui maintient les spécificités de l’appellation Champagne, qui réalise un travail collaboratif important dans le cadre de l’interprofession.

Quelles difficultés éprouvez-vous ?
La Champagne a des habitudes anciennes de se fixer des règles communes et des pratiques de haut niveau qui garantissent la qualité du travail de la filière, de la vigne au vin. Nos propres règles sont contraignantes pour le bien de la Champagne et dans le respect de nos consommateurs. Notre modèle a fait ses preuves, et pourtant, des réglementations, des textes législatifs passés ou en projet bousculent notre organisation. Tout peut être remis en question par des normes insufflées par des structures supra, comme l’Etat ou l’Union européenne. Nous devons sans cesse expliquer nos spécificités, arguer du fait que l’on ne pourra plus produire le champagne dans les mêmes conditions si tel ou tel texte venait à nous être imposé. C’est très compliqué de suivre la frénésie des réglementations, c’est difficile d’être sur tous les fronts, mais nous devons relever le défi. Le Syndicat général des vignerons de la Champagne doit faire valoir ses positions à l’échelle du pays ou de l’Europe. Ces problématiques, nous les partageons avec les autres territoires viticoles, nous avons donc besoin d’être ouverts, de travailler avec les autres.

Et à l’échelle de la Champagne ?
Il serait important que le Syndicat retrouve un lien plus régulier avec le territoire. Je souhaite que nous retournions davantage sur le terrain, dans les sections locales, dans les villages de l’appellation, à la rencontre de nos adhérents. Il est important que nous travaillions sur l’unité de la Champagne, que nous restions centré sur nos intérêts communs.
J’arrive à peine et je rencontre tous les jours des vignerons impliqués, passionnés, exigeants dans leurs productions, qui ont choisi des modèles économiques différents mais complémentaires, qui font l’équilibre de la filière. Ces modèles doivent continuer à se compléter, ils régulent l’appellation. Et de nombreuses exploitations s’appuient sur la diversité des modèles. C’est une vraie richesse qui va dans le sens du collectif. Les vignerons que je rencontre, s’ils pensent d’abord à leur entreprise, et c’est normal et sain, ils n’oublient jamais de réfléchir à ce qui pourrait être amélioré, malgré le contexte économique que l’on connaît, pour l’ensemble de la Champagne. Ils ont des stratégies innovantes, pas seulement à l’échelle de leur exploitation, mais pour toute l’appellation. Ils sont les moteurs qui permettent et permettront à la Champagne de conserver sa position.