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1946-1949 : un syndicat visionnaire et offensif

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Extraits du rapport moral de Jean Quénardel à l’assemblée générale du 22 février 1947

Il nous serait facile, dans la période actuelle, alors que la situation met des atouts dans le jeu des vignerons, de laisser aller simplement le libre jeu des lois économiques et de nous pavaner ensuite en montrant des résultats aussi brillants qu’éphémères. Dans nos rapports avec les pouvoirs publics, nous pourrions nous contenter de déclarations, de protestations aussi pompeuses qu’inutiles. Nous aurions pu, ainsi, nous faire une popularité rapide… Nous avons estimé qu’une telle conduite aurait desservi les vignerons. Nous sommes dans une période d’évolution rapide. Qui peut savoir de quoi demain sera fait ? C’est vers cet avenir que nous devons avoir les yeux tournés. Notre tâche principale est donc de construire. Il faut, avant tout, penser à nous organiser.
Aux vendanges dernières, nous avons réussi à faire admettre par le commerce un prix qui a été, bien souvent, pour le vigneron, une heureuse surprise. Le blocage des vins s’est révélé, à tous points de vue, une excellente opération. La construction de nouvelles coopératives se poursuit d’une façon satisfaisante. Là encore, nous n’aurions rien fait si nous nous étions contentés d’encouragements platoniques. Nous avons obtenu que la caisse de communauté les subventionne. Cette aide, jointe à celle du gouvernement, fait que près de la moitié des frais sont payés. Il est une autre réforme qui est, peut-être, passée un peu inaperçue des vignerons. Il en est ainsi, souvent, du vrai travail en profondeur, utile et peu spectaculaire. Nous voulons parler de la transformation de l’AVC en organisation interprofessionnelle. Les vignerons ont maintenant entre les mains un excellent instrument. A eux de savoir se mettre au travail pour donner à cette association le plein rendement qu’elle peut et doit donner. Enfin, notre action s’est exercée au sein du CIVC, dont le but est de maintenir l’équilibre du marché. Il est, lui aussi, un instrument ; aux vignerons de savoir le manier au mieux des intérêts de la Champagne, donc du vignoble. Notre travail a été d’essayer de maintenir un équilibre raisonnable qui ne sacrifie pas l’avenir à un présent immédiat et éphémère. C’est pourquoi nous nous efforçons d’éviter les abus de part et d’autre. Notre tâche sera maintenant d’obtenir un accord de stabilisation des prix. Qu’on ne nous dise pas, pour cacher le plus vil intérêt égoïste, que c’est une belle formule mais impossible à réaliser. Sans doute il y aura des difficultés mais ne nous effrayons pas du fait qu’il faudra la faire admettre par le commerce. N’avons-nous pas fait admettre, par ce même commerce, la subvention aux coopératives avec un argent dont la plus grande partie vient de lui ?
Il me reste à rappeler le sens de notre action. Nous n’hésitons pas à revendiquer, certes, quand nous estimons avoir été lésés par une autorité supérieure. Mais nous savons, parce que notre expérience et notre bon sens nous l’indiquent, que nous devons surtout compter sur nous-mêmes. Nous devons nous organiser. Si nous échouons, si des crises terribles comme celle de 1933 se reproduisent à nouveau, c’est à nous-mêmes, vignerons, que nous devons nous en prendre. D’ailleurs, accuser les autres ne nous servirait à rien. Mais si, comme nous en avons le ferme espoir, par notre clairvoyance, par notre discipline, nous pouvons réussir, nous aurons le droit d’en être légitimement fiers et, surtout, n’attendant notre subsistance de personne, nous aurons le droit de rester libres. Et c’est bien appréciable.