La perception du champagne (2/4)

En quête d’image…

Ouvrons le second volet d’interviews sur la perception du champagne avec les vignerons d’autres régions (France comme étranger). Nos confrères ont-ils la même image du Champagne que ceux qui le produisent ? Les préjugés seront-ils gommés ? Ou confirmés ?

 

 

Interviewé A

Question préliminaire : Combien de fois par an buvez-vous du champagne ?
En été, au moins toutes les semaines à la coupe ou en soirée. En hiver, dès que l’on sort !

Quand s’est fait votre premier contact avec le champagne ?
Lorsque j’étais toute petite, à 8 ou 9 ans.

Un adjectif qualifiant le champagne ?
Festif. Parce que le champagne est toujours associé à un événement à part. Soit un apéritif spécial, pour marquer le coup, sortir de l’ordinaire.

Que sera le champagne dans un siècle ?
Difficile à dire ; tout dépend de quelle façon les exploitants réussiront à défendre leur savoir-faire. Ils font tout pour, je suis plutôt confiante. Le champagne restera toujours un vin d’exception, français.

Le prix d’une bouteille de champagne aujourd’hui ?
30 euros TTC en moyenne chez un caviste, par exemple chez Nicolas.

Combien de fois par an pensez-vous :
– qu’un vigneron de champagne boit du champagne ?
Tout le temps, comme nous nous buvons nos vins régulièrement, les nôtres et ceux des concurrents.
– qu’un vigneron d’une autre région viticole boit du champagne ?
Une fois par mois ou moins. Un producteur d’une autre région viticole va voir les vins tranquilles plus que le champagne. Mais il faut toujours déguster, être curieux, et être à l’écoute du marché.
– qu’un consommateur lambda boit du champagne ?
Une fois ou deux fois par mois, lors de fêtes. Il y a toujours une coupe de champagne en complément du vin. Bien que le vin soit beaucoup plus régulier à table.

Vous possédez une marque de champagne, quelle est votre finalité ?
Faire de très grands vins. Sans prétention et pas en comparaison, mais en tant qu’AOC : on a le terroir, le cépage, la matière première pour faire un très bon Tavel et un très bon Liérac en l’exploitant bien, avec investissement et passion.

D’après-vous, pourquoi achète-t-on et consomme-t-on du champagne ?
Pour valoriser un événement ou valoriser ses convives.

En quelques mots, quelle est la différence entre champagne et vin effervescent ?
Pour moi, le champagne est un vin effervescent.

A l’aveugle, les différenciez-vous ?
Je n’ai jamais fait le test ! Pour un mariage, mon père a préféré un vin effervescent de grande qualité, qui peut ressembler à un champagne moyen. Le champagne doit être bon car il est consommé souvent seul, en apéritif ou au dessert. Avec le vin, on est plus tolérant… un plat l’accompagne.

 

Interviewé B

Question préliminaire : Combien de fois par an buvez-vous du champagne ?
6 !

Quand s’est fait votre premier contact avec le champagne ?
Il y a environ 40 ans, c’était du Dom Pérignon.

Si vous ne deviez choisir qu’un adjectif qualifiant le champagne ?
« Exciting ! » Le fait d’ouvrir une bouteille de champagne et d’en apprécier l’effervescence est excitant !

Que sera le champagne dans un siècle ?
L’effet du réchauffement climatique contribuera à produire des vins plus fruités, renforcé par des vignerons plus jeunes dont le style évolue vers des produits sur le fruit.

Le prix d’une bouteille de champagne aujourd’hui ?
Autour de 35/40$ par bouteille dans les magasins revendeurs. 100$ ou plus sur le menu d’un restaurant.

Combien de fois par an pensez-vous :
– qu’un vigneron de champagne boit du champagne ?
Une fois par mois

– qu’un vigneron d’une autre région viticole boit du champagne ?
Une fois par mois

– qu’un consommateur lambda boit du champagne ?
Aux Etats-Unis, une à deux fois par an.

– qu’un professionnel revendeur boit du champagne ?
Deux fois par mois pour évaluer le stock de leur établissement.

Vous possédez une marque de champagne, quelle est votre finalité ?
Susciter de la joie et du bonheur à celui qui achète le vin.

D’après-vous, pourquoi achète-t-on et consomme-t-on du champagne ?
Parce qu’il s’associe bien avec la gastronomie, parce que le champagne est facile à boire et facile à apprécier par tous.

A vos yeux, le champagne est-il un vin ?
OUI !

En quelques mots, quelle est la différence entre champagne et vin effervescent ?
Rien à part sa région de provenance.

A l’aveugle, les différenciez-vous ?
Cela devient de plus en plus difficile à faire, nous en avons fait l’expérience durant nos propres « blind tastings » (dégustations à l’aveugle).

 

Interviewé C

Question préliminaire : Combien de fois par an buvez-vous du champagne ?
Une ou deux fois par an, quand on m’en offre à l’extérieur. Mais de mon propre choix, je bois du Crémant.

Quand s’est fait votre premier contact avec le champagne ?
J’imagine que c’était enfant dans des événement familiaux, dans un verre qui trainait. Mon père est originaire de Seine-et-Marne donc nous avons toujours eu du champagne à la maison, mais je n’ai pas un souvenir précis, contrairement à mon premier vin blanc !

Si vous ne deviez choisir qu’un mot qualifiant le champagne ?
L’imaginaire. Par rapport à tout ce qu’il entraine. C’est un produit qui a la chance de susciter un nombre fou d’images : le luxe, les stars, les grands et petits noms, les terroirs, l’histoire… C’est un univers extrêmement riche. Il évoque. On aime ou on n’aime pas, on s’y connaît ou pas, mais c’est un produit qui a une puissance d’image inégalée.

Que sera le champagne dans un siècle ?
Il sera toujours tel qu’il est, les grandes maisons établies qui travaillent leur notoriété et leurs cuvées. Un produit très établi, qui continue à exister tel qu’il est.

Le prix d’une bouteille de champagne aujourd’hui ?
Le prix idéal ou le prix réel ? Pour l’avoir étudié de près, c’est 20 euros TTC en moyenne dans les supermarchés. Mais il n’y a pas de limite, c’est un produit de luxe, une œuvre d’art. Le mot champagne a su devenir une marque, un système de valeur pas uniquement basé sur le produit, mais sur l’image et les valeurs autour de lui. Certains produits sont peut-être trop onéreux pour ce qu’ils sont, mais c’est la beauté des marques d’avoir créé cela. Et puis, il y a des champagnes extraordinaires qui méritent des prix hors du commun.

Combien de fois par an pensez-vous :
– qu’un vigneron de champagne boit du champagne ?
Presque tous les jours. Il boit et partage sa production.

– qu’un professionnel revendeur boit du champagne ?
A une fréquence importante, tout dépend de ce qu’il vend et à qui ! En tant que responsable marketing, je consomme nos crémants comme des vins, en apéritif, au repas, lorsque l’on reçoit du monde à la maison, ou à la cave. Nous présentons nos crémants avec nos autres vins ; c’est un produit d’accompagnement à l’instar d’un vin tranquille.

Vous possédez une marque de champagne, quelle est votre finalité ?
Créer une image dans laquelle nous pouvons véhiculer nos valeurs, notre identité, nos projets : créer quelque chose de beau, qui donne envie, qui rassure, qui crée de la complicité avec nos clients.

D’après-vous, pourquoi achète-t-on et consomme-t-on du champagne ?
Parce que c’est un bon produit. Parce qu’il est associé aux célébrations. Car c’est un vin, qu’on a envie de le consommer et de le partager.

En quelques mots, quelle est la différence entre champagne et vin effervescent ?
On peut différencier un champagne d’un vin effervescent comme on compare un vin de Bordeaux à un vin de Bourgogne. Ce sont tous deux des vins d’Appellation française, qui révèlent chacun la qualité de leur terroir. La différence reste une notion d’image et d’antériorité de notoriété.

A l’aveugle, les différenciez-vous ?
A l’aveugle, comme pour tout vin, on arrive à faire la différence entre bon et mauvais. On reconnaît toujours l’excellence, la méthode de vinification, le dosage car il peut y avoir une signature dans la liqueur… Il y a dans les vins effervescents comme dans les champagnes, de bons produits et des mauvais.

 

Merci à tous les interviewés ! Chers lecteurs, vous pouvez maintenant retourner votre Champagne Viticole pour mettre des noms sur les réponses…


 

Interviewé A: Chrystelle De France, responsable communication Domaine Maby (vigneron indépendant à Tavel, vins de Liérac et de Tavel)
Interviewé B : For Penny – Penelope Gadd-Coster, executive director of winemaking et Cynthia Faust, manager of business development, Rack & Riddle Custom Wine Services (producteur aux Etats-Unis, vin tranquille et vin effervescent)
Interviewé C : Marjorie Brayer, responsable marketing Cave de Lugny (coopérative à Lugny, Bourgogne –vin tranquille et crémant)