Congrès de la viticulture

L’union fait la démonstration

L’union fait la démonstration

Le Commissaire européen Phil Hogan (en haut à gauche sur le grand écran) s'est montré sensible aux remarques des représentants de la viticulture française.

Le Palais des congrès de Bordeaux a accueilli, du 4 au 7 juillet, le tout premier congrès national de la viticulture, à l’initiative de quatre grandes organisations : Cnaoc, CCVF, VinIGP et Vignerons indépendants. « S’il a fallu attendre 2017 pour ce premier congrès, c’est que cela devait être particulièrement difficile à organiser », souriait Stéphane Héraud, président de l’Association générale de la production viticole (AGPV).

Chacune des organisations de producteurs ci-dessus citées avaient décidé, sous l’impulsion de leurs présidents qui en avaient manifesté l’idée en 2015, de converger vers cette même semaine de début juillet 2017 à Bordeaux pour y tenir leur assemblée générale respective. Et d’organiser, jeudi 6 après-midi, une large session commune de travail. Les grands décideurs de la viticulture française étaient tous présents. Phil Hogan, le Commissaire européen à l’agriculture, tenait le rôle de la vedette américaine.

L’absence du ministre passe mal

Pas Stéphane Travert, tout récemment nommé ministre de l’Agriculture dans le second gouvernement d’Edouard Philippe. Son absence a été remarquée et commentée. Et son message vidéo enregistré à la hâte n’a pas suffi à faire passer la pilule. « Votre filière est l’excellence de l’agriculture française » a surtout servi à introduire un discours de promotion des états généraux de l’alimentation. « Au regard de vos succès, je sais que vous aurez des contributions à faire. » Le ministre a également fait un appel du pied aux viticulteurs en ce qui concerne l’assurance récolte : « Je considère que la filière, qui n’est couverte qu’à 25 %, doit étendre l’utilisation de cet outil. » Stéphane Travert s’est engagé à venir à la rencontre de la filière aussi vite que possible, « dès cet été ».

« La viticulture doit être associée comme toute grande filière aux questions concernant la prochaine réforme de la Pac. En Europe, les vins représentent 6 % du Produit intérieur brut (PIB), soit 30 milliards d’euros. La France compte pour moitié dans ces chiffres. »
Stéphane Héraud, président de l’AGPV

La place de la viticulture européenne et française et ses particularismes dans le cadre de la réforme de la prochaine Politique agricole commune (Pac) était la grande question de ce congrès unifié. Une réforme, qui, du fait des négocations entourant la sortie du Royaume-Uni de l’Union, pourrait être retardée. « A 2021 ou 2022, selon Michel Dantin, député européen Les Républicains, circonscription du sud-est. La question des ressources financières qui disparaîtront avec le Brexit rebat les cartes du montage du budget global de l’UE, de la Pac en particulier.

Stéphane Héraud a introduit la session en rappelant que ce premier congrès de la viticulture française, avait été souhaité justement en raison de la réforme de la Pac : « Sur un sujet important, présenter nos préoccupations de manière unitaire a semblé le moyen le plus efficace possible. »

Porte-voix des organisations représentatives de la filière viticole, Stéphane Héraud a été le premier à rappeler les forces de la viticulture française et européenne. Le message sera martelé par les uns et les autres, tout au long de l’après-midi, en session comme dans les couloirs du Palais des congrès. « La viticulture, certes particulière, doit être associée comme toute grande filière aux questions concernant la prochaine réforme de la Pac. En Europe, les vins représentent 6 % du Produit intérieur brut (PIB), soit 30 milliards d’euros. La France compte pour moitié dans ces chiffres. C’est dire le poids de la viticulture française en Europe. »

Phil Hogan, qui s’est dit « très heureux d’être à Bordeaux, sans aucun doute la capitale viticole du monde », a poursuivi dans la flatterie à l’endroit des Girondins : « Je crois que c’est le meilleur endroit pour parler de vin. »

Le Commissaire européen a ensuite loué la réussite globale de la viticulture française et européenne, son poids conséquent en matière d’emplois (3 millions d’équivalents temps plein dans l’UE) et d’aménagement du territoire, « la viticulture est ancrée dans des zones rurales », et assuré que « la prochaine réforme de la Pac devait contribuer à maintenir ces résultats ».

L’homme politique irlandais a rappelé que « la réforme de l’OCM vins de 2008 a initié l’accroissement de la compétitivité des viticulteurs européens, preuve de l’intérêt de l’Union européenne pour la filière. Simplification visant à mieux faire se rencontrer producteurs et consommateurs, préservation des traditions, valorisation étaient au cœur de la réforme de 2008, ainsi que la création des programmes nationaux d’aide, ce qui constituait une véritable innovation dans le cadre de la Pac. 14 Etats membres ont bénéficié d’une enveloppe de 70 millions d’euros en 2016. »

Le Commissaire européen a aussi évoqué le dispositif des autorisations de plantation, adopté lors de la dernière réforme de la Pac en 2013 et entré en vigueur en 2016 : « Ces nouvelles autorisations de plantation permettent une croissance mesurée, tout en maintenant un outil de régulation. »

Phil Hogan aura donc surtout convoqué le passé et la précédente réforme de la Pac pour chercher à rassurer le public présent sur l’état d’esprit de Bruxelles vis-à-vis de la viticulture quand il s’agira d’écrire la nouvelle Pac. Les vignerons se souviennent des combats qu’il a fallu mener, notamment pour conserver un système de régulation des plantations de vignes.

Stéphane Héraud a transmis les messages partagés par l’ensemble de la filière viticole française au représentant de la Commission européenne. A projet de réforme, avertissements en bonne et due forme. Sur la qualité, « nous n’accepterons pas la politique horizontale qui s’applique aux produits agroalimentaires. Avec les AOP et IGP, notre filière est structurée, partout dans l’Union européenne, pour garantir un très haut niveau qualitatif. » Concernant la distribution des aides de la Pac : « Nous ne voulons pas des aides à l’hectare, qui auraient pour conséquence un saupoudrage inefficace, mais souhaitons le maintien du Programme national d’aides (PNA). »
Etiquetage des calories, voire des ingrédients, œntourisme vu comme un tournant en matière de création d’emplois, environnement, assurance climatique… Autant de thèmes qui ont rythmé le propos de Stéphane Héraud. « Nous souhaitons que la prochaine réforme de la Pac tienne compte de la création de nouveaux cépages mieux résistants aux maladies et aux conséquences du changement climatique. Il en va de la poursuite d’une viticulture de plus en plus durable. »

Lors de la table ronde qui a suivi les discours de Stéphane Héraud et Phil Hogan, Bernard Farges (président d’Efow et de la Cnaoc) a attiré l’attention sur la prise de poids importante de l’environnement dans la prochaine réforme de la Pac : « La Pac s’adapte aux attentes sociétales, et nous vignerons, nous sommes aussi dans la société et avons des attentes, qui sont les mêmes pour la plupart. Nous devinons bien que la prochaine Pac sera encore plus verte. »

Alain Rousset, président de la Région Nouvelle Aquitaine, a enchéri dans son discours de clôture du congrès. « Face au changement climatique, la question des nouvelles pratiques, des nouveaux cépages, est primordiale. Et la filière ne peut avancer sur ce sujet qu’en étant unie. »

Phil Hogan annonce la fin des droits de douane au Japon

Le Commissaire européen a semblé sincèrement à l’écoute de la filière et conscient des particularismes et des enjeux, mais son poste le rendra forcément arbitre entre mille autres revendications. Avec humour, il a pratiquement enfilé le costume du défenseur des vins en mettant en avant son indépendance de réflexion : « Comme vous le savez, je viens d’Irlande, et il n’y aucune possibilité pour l’Irlande de concurrencer les vins de France ou d’ailleurs en Europe. »

Avant de partir, Phil Hogan a annoncé ce qui restera comme la bonne nouvelle concrète de ce congrès, notamment vu de Champagne. « Je me réjouis que l’Union européenne et le Japon, aient signé aujourd’hui (le 6 juillet) un accord de libre échange. Cet accord est bon pour la filière viticole, notamment parce que le Japon a accepté une suppression de ses taxes locales sur les produits importés d’Europe. Concrètement, les entreprises françaises qui exportent au Japon feront une économie annuelle de 14O millions d’euros en droits de douane. » Cet accord prévoit aussi la poursuite de la reconnaissance des indications géographiques européennes sur l’archipel. Sur les quelques 200 IG d’ores et déjà reconnues, 28 sont des IG viticoles française, comme l’AOP Champagne. D’autres devraient suivre.

Stéphane Héraud a repris la parole une dernière fois, à l’issue de la table ronde qui a aussi montré que la viticulture, même unie, nourrissaient des divergences sur plusieurs sujets. Pour le président de tous les vignerons, « nous avons des différences d’approche, des différences dans l’exercice de nos métiers, mais sur tous les sujets forts, nous avons démontré que nous étions capables de faire front commun ».