La vendange dans la Marne

Ouf, raisins bien rentrés !

Ouf, raisins bien rentrés !

Laurent Panigaï dans la nouvelle cuverie du Centre vinicole-Champagne Nicolas Feuillatte destinée aux vins de réserve.

Gel, pluie, orages, grêle… il était temps de boucler cette vendange 2017, fruit d’une nouvelle année de travail. Bien triée, cette récolte réduite reste très prometteuse.

« Une vendange compliquée mais avec beaucoup de points positifs », résume Laurent Panigaï, dont on connaît la qualité d’expert (il fut de longues années responsable du service viticulture du Comité Champagne). Aujourd’hui nouveau directeur général adjoint du Centre vinicole – champagne Nicolas Feuillatte, ce technicien apporte une intéressante analyse : « La vendange, c’est l’aboutissement d’une séquence qui démarre l’hiver à la taille. Pendant cinq mois nous avons eu l’essentiel, avec des critères extrêmement positifs. Contrainte hydrique printanière sans la sécheresse, un bon développement végétatif et des vignes physiologiquement en bonne santé, peu de maladies… » Laurent Panigaï n’occulte évidemment pas les aléas climatiques et ses accidents très contraignants pour les viticulteurs, le gel de printemps, la grêle, les pluies de juillet-août ‘invitant’ la pourriture grise, les foyers de piqûre acétique… mais il limite leur impact sur la complexité de la vendange, certes plus ou moins réduite selon les secteurs mais prometteuse. « Ces phénomènes brouillent la lisibilité de la situation sur l’appellation où l’on constate principalement de bonnes conditions de maturation. Chez Feuillatte, nous remarquons la valeur haute en maturité sucre des chardonnays, avec des acidités élevées. Intéressant donc. Concernant les pinots noirs et meuniers, les situations sont plus contrastées. Nous sommes très mobilisés, il ne faut pas promettre le pire et rester conscient qu’une partie très significative sera intéressante à vinifier. » Des recommandations de tri ont été données au vignoble, rappelle le directeur adjoint, qui invite en homme d’expérience à conjuguer prudence, modestie et espoir. « Si la perspective du grand millésime est derrière nous, je n’exclus pas que certains puissent millésimer, notamment en chardonnay, avec des profils qui pourraient ressembler aux 2008 ou 2004. »

Tous les jus dégustés et analysés

Au Centre vinicole – champagne Nicolas Feuillatte, les vendanges durent en moyenne trois semaines. Montgueux le 28 août et les secteurs précoces, notamment du sud Sézannais lançaient le générique 2017 avant l’entrée de tous les acteurs dès le week-end des 2 et 3 septembre et une forte mobilisation la semaine du 4 au 8. Le Centre vinicole regroupe 4500 vignerons adhérents. « Tous les jus sont pressurés et débourbés au vignoble, rappelle Laurent Panigaï, lorsqu’ils arrivent au site de Chouilly, à chaque fois un échantillon est prélevé et part au laboratoire pour analyses, lesquelles nous permettront d’affiner la catégorisation de l’orientation des jus, très variés évidemment (différents secteurs, différents cépages, début, cœur ou fin de vendange, etc). On regroupe comme sur un parcellaire d’exploitation, avec expérience ou empirisme. » La palette des possibilités est large et d’une rigueur à la mesure du volume traité : 2200 hectares, 259 des 320 crus de l’appellation, 13 des 17 grands crus, 33 des 44 premiers crus. « Tous les jus sont ainsi dégustés et les analyses nous permettent également de gérer les cuves qui présentent un doute. On mesure la richesse en sucres et l’acidité bien sûr, mais dans les conditions de l’année deux critères sont aussi pertinents, l’acide gluconique et le glycérol. Ces deux molécules sont présentes naturellement dans le vin et leurs teneurs peuvent nous indiquer une sensibilité qu’a connue la baie de raisin à une attaque, en général le botrytis. Tant que nous n’avons pas le résultat des analyses, nous ne libérons pas les jus, c’est-à-dire qu’il n’a pas sa destination. » Après analyses sensorielle et de laboratoire, tous les échantillons sont libérés et ventilés. Suivront les vinifications (avec ou sans malo). Si l’inox est roi (400 cuves), les millésimes qui composeront les cuvées de gastronomie 225 et 225 Rosé connaîtront un élevage en fût de chêne.

35 000 hl pour les vins de réserve

A travers les baies vitrées du splendide espace d’accueil, la nouvelle cuverie inox de 35 000 hl, aux multiples modules dédiés aux vins de réserve, rappelle que le Centre vinicole stocke ici les vins qui seront conservés plusieurs années, mais aussi qu’il investit dans l’avenir. La montée en puissance d’utilisation de ce nouvel outil prendra quelques années. « Chez Feuillatte, nous pensons pérennité, précise Laurent Panigaï, parmi tous nos vins, on identifie en priorité ceux dont on pense qu’ils ont un intérêt à être mis en réserve. Ça nous aide aussi à réfléchir à nos orientations. » 30 à 45 % de vins de réserve sont aujourd’hui incorporés dans certaines cuvées d’assemblage, sachant que le temps de vieillissement est au minimum de 3 ans pour les bruts sans année.
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Coquard en vedette à Vandières

« Grande qualité de jus et peu de bourbes avec ce Coquard », se réjouit Nicolas Salomon.

Pas simple encore, cette vendange 2017 à Vandières… Gel comme dans beaucoup de secteurs champenois, mais aussi pluie, pluie et encore pluie. Avec ce triste jour du 16 août. « On a pris 35 mm en 45 minutes… » se souvient Nicolas Salomon. Coup dur notamment pour les meuniers, très fragilisés, qui sont avant la date officielle d’ouverture vite montés en degré et qui rejoignaient le jour J le domaine, après un tri indispensable (les grains touchés par la pourriture commençaient à sécher). Avant les chardonnays d’ailleurs, plus épargnés et dans l’ensemble au fort potentiel. Et avant les parcelles de pinots noirs sur Boursault et Venteuil, plus chargées en raisin car plus épargnées par le gel de printemps.
La bonne nouvelle maintenant ! Parce qu’il apprécie la qualité du jus et le peu de bourbes par rapport à un pressoir pneumatique, Nicolas Salomon a acheté un pressoir Coquard traditionnel, rénové notamment avec des lattes en plastique. Moderne donc, résistant, plus facile à nettoyer, adapté pour l’indispensable hygiène requise… « Et surtout, précise Nicolas, performant en matière de qualité de jus, de limpidité. Et beaucoup moins bruyant qu’un pneumatique. » Un 4000 kg idéal pour travailler le parcellaire dans les différents secteurs (3,6 ha au total). Evidemment, il faudra faire avec le manque de raisins (moyenne de 8000 kg/ha sur les meuniers) et la réserve sera la bienvenue ! Chez Nicolas Salomon, vigneron indépendant, tout est pressé, vinifié, élevé pour faire de la bouteille. Sortis du pressoir, les jus rejoignent les belons qui, une fois la vendange terminée, seront nettoyés et redressés le long du mur. Indispensable gain de place ! Les jus s’écoulent par gravité dans les cuves de débourbage en acier émaillé, posées dans la cave. Pour la vinification et les vins de réserve, de nouvelles cuves en inox remplacent celles en acier émaillé. « J’ai cassé la tirelire en 2015 pour acheter 14 cuves de 21,80 hl en double compartiment. Cela me permet de séparer toutes mes cuvées, de travailler par parcelle et par cépage. Je conserve juste une grosse cuve en acier émaillé pour mes assemblages. »  www.facebook.com/champagnedenissalomon

 

Pressoir et cuverie neufs à Mardeuil

De gros investissements inaugurés pour cette vendange 2017 pour le Champagne Briaux Lenique.

Vendange compliquée également au domaine Briaux Lenique de Mardeuil, qui travaille 4 hectares, soit 21 parcelles (50 % pinot meunier, 30 % chardonnay et 20 % pinot noir). Il fallait jongler et garder son calme car tous les gros travaux engagés en novembre 2016  (nouveau pressoir, nouvelle cuverie, nouvel espace d’accueil, aménagement des caves pour gagner en stockage) ont pris du retard… Ce qui n’arrangeait pas l’organisation familiale, qui a dû à regret faire appel à un prestataire pour la cueillette au lieu de l’équipe habituelle. Heureusement, le moral remontait vite à l’arrivée des caisses chargées de beaux raisins (avec des chardonnays au top). Nathalie et Stéphanie, qui ont repris les rênes de l’entreprise familiale (mais Pol et Christiane, les parents, ne sont jamais loin) savouraient aussi la nouvelle acquisition bien fonctionnelle et qualitative. Un pressoir 4000 kg Europress de Scharfenberger, qui remplace l’ancien Coquard traditionnel vertical, et que le salarié Sébastien prenait visiblement plaisir à inaugurer. Pas question toutefois de se débarrasser de celui qui aura longtemps servi au domaine, le Coquard fera la joie des visiteurs et servira sans doute à élaborer une nouvelle cuvée. Rien n’est encore décidé mais l’idée trotte déjà dans la tête de Nathalie, qui avec sa sœur développe les cuvées et leur valeur.
Presser, débourber, vinifier, stocker… Les jus des beaux raisins rejoignaient la nouvelle cuverie du domaine, 450 hl de contenants inox permettant un travail parcellaire (moyenne de 22 hl). Tout le travail sera désormais effectué sous cuves inox, qui remplaceront donc l’acier émaillé. Maintenant que la vendange est à l’abri, les travaux vont pouvoir s’achever. Pour un résultat final qui s’annonce pratique, moderne et accueillant.
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