Famille

L’histoire peu commune qui unit Dangin & fils et Delot

L’histoire peu commune qui unit Dangin & fils et Delot

Jean-Baptiste Dangin dans la belle parcelle de pinot blanc, 30 ares sur le terroir Creux d’Enfer.

A Celles-sur-Ource, le modèle économique qui lie les champagnes Dangin & fils et Delot prouve combien les bonnes volontés peuvent conserver et développer la manipulation et deux domaines historiques.

L’histoire des domaines familiaux Paul Dangin & fils et Delot à Celles-sur-Ource, pionniers dans la manipulation (1947 et 1933) est depuis 2006 intimement liée. C’est une singulière aventure que raconte Jean-Baptiste Dangin, directeur général du Champagne Delot repris en 2006 par Paul Dangin. Et c’est un modèle économique rare, puisque onze membres de la même famille, cousins issus du Champagne Dangin, sont aujourd’hui aux commandes. Pour Jean-Baptiste, qui salue la bonne entente familiale et la polyvalence des talents (chacun n’hésitant pas à donner un coup de main à la vigne, en cuverie ou aux expéditions) « cette histoire peu commune devrait se reproduire plus souvent au lieu de voir disparaître chaque année des vignerons indépendants à l’identité aussi forte que leur histoire ».

Gérant à l’âge de 22 ans

« Tout comme Maurice Delot, mon grand-père Paul Dangin était l’un des pionniers du village à tenter la vinification complète champenoise, plutôt que de vendre au kilo », raconte Jean-Baptiste. Tout roulait alors, avec un bel essor jusqu’en 2006, année où Vincent Delot, deuxième génération, n’avait pas d’héritier pour reprendre son domaine de sept hectares et demi. « Deux options pour Vincent à l’époque, vendre aux grandes maisons à prix d’or, conduisant ainsi à la mort du nom et de l’histoire du domaine ou trouver une solution alternative. A force d’en parler, nous avons trouvé. Nous avons racheté l’entreprise pour le tiers de sa valeur, avec des baux à long terme sur les vignes qui resteraient en propriété à Vincent Delot. En contrepartie Vincent souhaitait maintenir l’indépendance maximale de sa maison de champagne, en plaçant un unique gérant à sa tête et en maintenant un fonctionnement strictement RM, malgré l’appartenance au domaine Paul Dangin. »
A ce moment, Jean-Baptiste à 22 ans, déjà très impliqué dans la maison Dangin qu’il fréquentait depuis ses premiers pas… « Le projet s’est bouclé avec le choix de la part des associés Dangin (dont je ne faisais pas partie à l’époque) et de Vincent Delot de me placer en tant que nouveau gérant à la tête du Champagne Delot », se souvient-il. Un véritable challenge : « Je n’avais aucune notion de gérance et j’ai pris la crise de 2008 en pleine face. La baisse générale de la clientèle particulière française (80 % du fichier client) additionnée à l’effet ‘ce n’est plus monsieur Delot au Champagne Delot’ m’a donné beaucoup de fil à retordre pour maintenir la barre. Mes premiers cheveux blancs ont poussé mais aujourd’hui la maison est en pleine forme. Les cuvées très spéciales sont davantage tirées et vendues, la valeur du prix moyen augmente de 3 à 5 % chaque année depuis quatre ans. La moitié du volume part à l’export avec pour principales destinations la Russie, la Hollande, le Japon et l’Allemagne. Vincent Delot, devenu maire du village est infiniment fier de voir le domaine rayonner dans le monde. En amoureux de notre patrimoine, je suis également très fier d’avoir pu contribuer à sauver et à faire perdurer un nom de famille et un champagne du village. Je me présente aujourd’hui sans complexe comme étant la troisième génération du champagne Delot ! »
Depuis 2013, avec l’embauche d’une assistante de direction chez Delot, la reprise du commerce sud-ouest par un cousin-associé, la reprise des activités de tractoriste par un autre cousin-associé, Jean-Baptiste s’investit pleinement dans le développement export des entités Dangin et Delot. « Aujourd’hui, environ 200 000 bouteilles partent chaque année vers l’Amérique du nord/Canada, la Russie, l’Europe et le Japon. Je continue mon travail de fond car les ventes France sont à la baisse, compensées par l’augmentation perpétuelle de vente à l’export ».

Un CV bien rempli

Jean-Baptiste Dangin et Frédéric (responsable commercial CE et associations), l’un des onze associés.

Jean-Baptiste Dangin est né en 1984, année où les gelées d’hiver ont été tellement fortes qu’il a fallu remplacer 20 % des pieds de vignes au printemps. Ça commençait mal. « Attiré par la vigne et le vin depuis le plus jeune âge, j’ai travaillé pour le domaine familial dès que j’avais du temps libre. Avec une mère institutrice et un père viticulteur, c’était la ‘dispute’ car papa voulait m’emmener aux vignes et maman me faire réviser les cours, raconte le vigneron. A 15 ans, je savais tout faire dans l’exploitation, vigne, tracteur, vinif et vente. A 18 ans je passe un bac général scientifique puis entame un BTS viti-oeno à Avize. Après la première année, je termine ma formation à Beaune. A 21 ans je voulais démarrer une licence supérieure de commerce des vins, avec une alternance en Californie, la reprise des rênes du Champagne Delot en décidera autrement. Je garde en parallèle mes activités de viticulteur et tractoriste sur le domaine Paul Dangin, je m’occupe aussi à l’époque du commerce France sur le quart sud-ouest et à 24 ans avec la crise de 2008, je prends également en charge de développer l’export chez Dangin (inexistant auparavant). Je deviens parallèlement actionnaire et co-gérant du domaine ».

Confiance et communication entre 11 cousins associés

Le Champagne Paul Dangin & fils (54 ha) transforme tout en bouteilles (500 000) vendues sous le nom de domaine et pour quelques partenaires, dont la maison Maxim’s à Paris et Justerini & Brooks (J&B) en Angleterre. Le Champagne Delot commercialise 75 000 bouteilles. « Je suis bien entendu la partie émergée de l’iceberg Delot, l’attaquant qui marque les buts, mais je ne pourrais rien faire sans cette formidable équipe derrière moi. »  Jean-Baptiste Dangin apprécie cette formidable aventure qui l’unit à ses associés. « Tout s’articule sur la confiance et la communication. Même si nous sommes chacun le patron dans notre domaine, les discussions sont nombreuses, nous échangeons quotidiennement des idées transversales sur ce qui peut être fait dans le domaine de l’autre. »
Voici les associés et leur rôle rappelé par Jean-Baptiste avec humour et reconnaissance :
Jean-Marie Fays : doyen actif de la société. Gère nos plus grands comptes cavistes français, comme les Caves du Val d’Or (plus de 15 caves) et Cash Vin (plus de 10 caves). Peut travailler une semaine sans dormir. Un mutant.
Christophe Dangin : directeur général du champagne Paul Dangin. Tout l’administratif en général. Paye les factures. On ne rigole pas avec ça…
Jean-Pierre Dangin, Stephane Fays, Eric Dangin et Romain Jouglas : quatre soldats pour cinq tracteurs, ils gèrent toute la partie viticulture. En recherche permanente, c’est un bonheur de les avoir à la maison. Ils sont sans cesse en train d’expérimenter de nouvelles techniques pour produire mieux avec moins d’intrants.
Philippe Cotton : génie de la mécanique en tout genre. S’occupe aussi bien de tout ce qui roule, que des automates et chaines de production. Un calme à toute épreuve devant « cette saloperie de machine qui ne marche pas… »
Matthieu Dangin : oenologue, s’occupe de la vinification. Infiniment passionné par le vin en général, il ne cesse de faire des essais pour améliorer nos cuvées. Nous travaillons souvent ensemble pour perfectionner notre production. Un homme tout pâle, non pas qu’il soit en mauvaise santé mais il voit très peu le soleil.
Frédéric Mismaque allias Fred : gère les salons de particuliers, les CE et golfs pour Paul Dangin. Assure aussi quelques opérations ponctuelles pour Delot.
Vincent Dangin : gère les stocks de bouteilles. Se débrouille toujours pour ne jamais me dire non sur une commande avec n’importe quel délai, et cela peu importe les spécificités d’habillage. Super calculator, a toujours un coup d’avance, il me permet de vendre mes bouteilles à 6 mois de dégorgement avec une précision quasi-militaire.

 

Tour de Gaule et jeune talent

L’épicurien Jean-Baptiste Dangin fait un vœu, celui d’effectuer un jour son ‘tour de Gaule’ des régions et restaurants français, commentant des repas (terroirs, élaboration, alliances) pour promouvoir les champagnes Dangin et Delot, à travers eux toute la Champagne. Autre info qui fait plaisir : Jean-Baptiste et une cuvée Delot sont finalistes 2017 du concours des Jeunes Talents du champagne, dans la catégorie chardonnay (il est vrai que le terroir Montre Cul est remarquable) en concurrence avec les confrères talentueux Laurent Hostomme (champagne Hostomme à Chouilly) et Vanessa et Xavier Mauny (Champagne By Fernand à Moslins).