1945-1959

Un Syndicat bâtisseur

Un Syndicat bâtisseur

En Champagne, le rendement peut varier de plus du simple au double d'une année sur l'autre. Sur la période de 1945 à 1959, il est en moyenne de 5000 kg/ha.

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Justifier le prix par la qualité

Pour le SGV, la qualité et la lutte contre la fraude sont des enjeux essentiels pour l’avenir du champagne. Le « statut champenois » qui impose des contraintes de production, est un garde-fou contre toute tentation de dérives non qualitatives.

Très engagé sur les questions économiques, le Syndicat ne perd pas pour autant de vue les enjeux qualitatifs. Sur ce point, Henri Macquart n’admet pas de concession : « Pour cultiver la vigne dans notre climat, il faut pouvoir vendre cher et il faut justifier le prix par la qualité. C’est pourquoi tout doit être fait pour tendre toujours vers une qualité plus grande encore. Chaque abandon dans ce domaine entamera notre capital de renommée. Elle est notre raison d’être. » Tout comme l’équilibre économique, la qualité se prépare en amont : « Plantations en coteaux, sélection des cépages, taille et pratiques culturales adaptées… Ce n’est pas seulement une question de maturité et d’état sanitaire liés à des conditions atmosphériques malheureusement indépendantes de la volonté du producteur. » Pour cette raison, le SGV aura une position très ferme sur la délimitation (en cours de révision dans les années 1950) : il demande à l’INAO de déclasser systématiquement les terrains situés en plaine qui  avaient été classés par erreur par les commissions de délimitation de la loi de 1927 et qui ne produiront jamais de bon vin. Une réforme du « Statut viticole » est mise en œuvre, car « s’il n’y a qu’une Champagne, il y a beaucoup de Champenois. Et quelques-uns peuvent être tentés d’user du renom acquis par les autres. Par notre statut viticole nous évitons la fraude et nous évitons la production du médiocre ». Dans cet objectif, le SGV impose des garde-fous aux vignerons, même s’il n’est pas toujours facile de les convaincre : limitation du rendement/hectare, limitation du rendement au pressurage, pertes obligatoires et interdiction faite aux maisons de rentrer des vins sans appellation, déclassement des cépages non champenois et incitation à de pas exploiter des vignes sans AOC, interdiction de commercialiser les rebêches, etc…  En 1956, le Syndicat constate avec satisfaction le résultat positif de cette réglementation : « Il n’y a pratiquement plus de fraude dans le commerce, plus de mousseux produit chez nous. » En Champagne, on fait du champagne : les choses sont claires.

Si, pour certains, la mission d’un syndicat est avant tout revendicative, ce n’est pas l’orientation donnée au SGV par les administrateurs de cette époque, qui prônent un syndicat bâtisseur : « Ce qu’il faut d’abord au vigneron c’est une économie d’ensemble saine. Il est parfois utile, en temps de crise, de crier le mécontentement. Mais il est bien plus utile encore de travailler à éviter la crise »… même si, souligne La Champagne Viticole en 1959, « les dirigeants syndicaux qui ont fait ce choix négligent leur propre tranquillité, car il est plus facile d’encourager les passions que de les diriger ».