1960

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Un nouveau président des vignerons

En mars, Henri Macquart décide de ne pas renouveler son mandat. Malgré l’insistance de plusieurs administrateurs, il refuse de revenir sur sa position mais accepte le poste d’administrateur délégué. Un nouveau président est élu : Henri Geoffroy, vigneron à Vertus, membre du conseil syndical depuis une douzaine d’années. Il mesure parfaitement le poids de la mission qui lui est confiée : « J’ai commencé mon activité syndicale sous l’égide d’Henri Macquart et je me suis formé à son école. C’est un homme auquel il est très difficile de succéder. La responsabilité m’échoit dans la situation critique d’une économie très prospère. Il est plus ardu de conserver que de construire. » Sa conception de l’action syndicale est la même que celle de son prédécesseur : constructive plus que revendicative. « Je vois le syndicat comme un petit gouvernement dont vous êtes tous membres, gardien d’un patrimoine commun construit par les générations qui nous ont précédés, que nous devons maintenir de toutes nos forces et protéger contre nos propres faiblesses. Cette forme de syndicalisme est difficile à mener. Elle nécessite de la part de tous une grande compréhension, une grande confiance, une grande solidarité. Elle nécessite de savoir oublier quelquefois notre intérêt immédiat en songeant que notre intérêt tout court se confond avec celui de l’ensemble des vignerons champenois. »

Une des plus fortes récoltes du siècle

La vendange 1959, de belle qualité et honorable en quantité, a permis de reconstituer les stocks après trois années de pénurie. Néanmoins, elle n’a pas suffi à rétablir l’équilibre dans un contexte commercial particulièrement porteur, d’autant plus que les vignerons en ont conservé une part importante. En juin 1960, La Champagne Viticole constate que le potentiel permet de forger « une belle espérance », mais la météo de juillet, pluvieuse, a réveillé l’oïdium et suscite de vives inquiétudes. Finalement, en octobre, la revue syndicale constate que la Champagne vient de rentrer « une des plus fortes récoltes du siècle » avec un rendement moyen de 13 500 kg/ha dans les blancs et 10 000 kg/ha dans les noirs. Et, pour la première fois, une énorme vendange ne s’est pas accompagnée d’un effondrement des cours : « La récolte 1960, la seule peut-être depuis toujours, a connu à la fois une abondance exceptionnelle et un prix rémunérateur et en hausse. » Pour le SGV, la règle de fixation du prix du raisin a permis d’éviter en période de pénurie « des prix aberrants qui auraient fait monter en flèche le cours du champagne et détourné la clientèle » puis, en 1960, « d’avoir ensemble prix raisonnable et quantité ». Le prix du kilo est de 2,60 nouveaux francs + 0,15 de prime aux cépages nobles et 0,30 pour des raisins épluchés à la clayette*. Le besoin de reconstitution des stocks est tel qu’en novembre l’INAO accepte de reclasser les VNC* jusqu’à 12 000 kg/ha, sous réserve de dégustation des vins par une commission. Et malgré ce reclassement, on prévoit une campagne de vins clairs active…

*VNC = Vins Natures de Champagne. Il s’agit des volumes récoltés au-delà du rendement limite en appellation (7 500 kg/ha).

* En euros 2017 = 4,17 € + 0,24 € et 0.48 € en cas d’épluchage.

En 1960 

– Face à la multiplication des pressoirs horizontaux, il est demandé aux services techniques du CIVC d’étudier l’impact de ce type de matériel sur la qualité des vins. Si le résultat de l’étude devait s’avérer négatif, ces pressoirs seraient interdits en Champagne.

– Le SGV demande aux vignerons de faire la grève des « prestations d’alcool vinique ». En effet, cette mesure génère des contraintes pour les vignerons (ils ne sont pas équipés pour stocker les marcs et tiennent à leurs rebêches) sans aucune incidence qualitative, puisqu’il existe déjà en Champagne une limitation du pressurage. Le syndicat demande aux pouvoirs publics d’adapter la règle pour permettre aux vignerons de conserver des rebêches de consommation tout en imposant leur rougissement et l’interdiction de les vendre.

–  La réglementation des cumuls d’exploitations vient d’être publiée : un dispositif dont le SGV se saisit pour tenter de limiter « l’accaparement des vignes » par les grosses structures.

– Le CIVC met en place une aide à la création et à l’aménagement de chemins de vignes. Une commission d’équipement du vignoble est créée pour définir les critères d’attribution de cette subvention. L’objectif est de favoriser l’amélioration de la production via le développement de la motorisation.

– Le SGV engage une réflexion sur la retraite vieillesse des exploitants. En effet, la retraite versée en agriculture est si minime que « les parents sont contraints de travailler vaille que vaille des vignes qui demanderaient des bras plus forts ou de prélever sur la récolte de leurs enfants ».