1961

L’essor de la manipulation crée des tensions interprofessionnelles

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A la vendange, une prime aux vendeurs de raisins

A la veille de la vendange, il apparaît c’est une récolte normale qui se prépare après les excès volumiques de la précédente. On sait d’avance que la demande du négoce sera supérieure à l’offre du vignoble et, puisque les volumes seront moindres, les vignerons attendent un prix supérieur à celui de 1960. Toutefois, l’application de la méthode de calcul (28 % du prix de la bouteille plus 10 % de conjoncture) ne permet pas d’atteindre cet objectif. Le prix sera donc complété par une prime de livraison en raisins. En 1961, les livreurs percevront 2,70 NF* + 0,20 NF de prime aux cépages nobles plus une prime de 5 % pour la vente au kilo (qui ne sera pas appliquée sur les vins clairs), soit 3,045 nouveaux francs dans un cru à 100 %. La récolte rentrée se révèle après coup supérieure aux prévisions et le négoce a pu remplacer 114 % de ses sorties : des raisins sains et murs, de très belle qualité.

* NF = nouveaux francs. Convertis en euros 2017, cela donne 4,19 € + 0,31 € + 5 % = 4,68 €/kg.

Priorité à l’exploitation familiale

Les Champenois ne sont pas les seuls à vouloir tirer profit de la croissance. L’Etat y voit l’opportunité d’installer en viticulture des expatriés d’Algérie. La Société des friches de l’est, dont le ministre de l’Agriculture, monsieur Pisani, avait été président, a entrepris de défricher 60 ha de terres à vignes à Viviers-sur-Artaut dans l’Aube avant de demander 40 hectares de plantations d’un seul tenant. Le président du Syndicat s’indigne : « Veut-on aller vers 1000, 2000, 3000 hectares de plus ? Planter massivement créerait un risque économique pour les vignerons en place comme pour les nouveaux venus. Il peut y avoir une augmentation de superficie correspondant à l’expansion des ventes, mais elle doit être échelonnée dans le temps. »  Afin de pouvoir contrer ce type d’initiative, le SGV décide d’adhérer à la Société d’Aménagement Foncier et Rural qui vient d’être créée par les chambres d’agriculture de la Marne, de l’Aube et des Ardennes, moyennant la souscription de 5 000 nouveaux francs de parts sociales. Pour les dirigeants syndicaux : « La nécessité d’une réorganisation foncière est réelle, il faut aider les installations et rendre les exploitations actuelles plus solides et plus viables. » Par ailleurs, l’ordonnance du 27 décembre 1958 relative aux cumuls et à la réunion des exploitations agricoles apporte opportunément au SGV un autre outil de régulation. Cette nouvelle réglementation permet à l’administration de limiter l’accaparement des terres par les plus grosses exploitations, via la mise en place d’un contrôle des structures. Après de longs débats internes, le SGV propose que l’exploitation familiale viable soit « comptée » à un hectare et que soit considérée comme cumul toute acquisition ayant pour conséquence de porter la superficie à plus de cinq ha de vignes ou terres à vignes. L’enjeu est de pérenniser en Champagne le modèle de l’exploitation familiale et de maintenir ainsi sur le territoire champenois un optimum de population.

La tréfilerie

Une usine de tréfilerie et de vernissage du fil s’est installée à Port-à-Binson. Il y a des émanations de fumées et de gaz. Dès 1959, les vignerons du secteur constatent de mauvais goûts dans leurs vins. Le SGV et le CIVC saisissent l’administration et la direction de la tréfilerie, mais il faut prendre le temps de prouver le préjudice. Des prélèvements sont effectués, des analyses et des dégustations contradictoires sont organisées qui mettent en évidence la réalité et la gravité du problème. En 1960, celui-ci prend de l’ampleur : Châtillon-sur-Marne, Olizy-Violaine, Venteuil, Oeuilly… Lors de l’assemblée générale, Henri Geoffroy demande aux vignerons de se lever pour montrer au préfet leur résolution et leur solidarité avec ceux de la Vallée de la Marne. Le 9 mars, au terme d’une longue procédure administrative, alors que la chambre de commerce prend parti pour l’activité industrielle, un arrêté préfectoral met en demeure les dirigeants de l’usine de prendre toute mesure nécessaire avant le 1er juin. Aucune solution n’étant trouvée, décision est prise, sous la pression du syndicat et du CIVC, de fermer un atelier du 1er juillet au 15 octobre. La revue syndicale souligne que cette affaire montre « l’intérêt du nombre ». Isolés, les vignerons locaux n’auraient eu aucune chance d’être entendus.

L’affaire du Spanish Champagne

En 1961, les Champenois marquent un point dans la défense du nom champagne en Angleterre. Une entreprise espagnole y a importé des vins effervescents étiquetés « Spanish Champagne ». Une première action devant le juge sur la base de la défense du consommateur s’est soldée par un échec. Une deuxième action fondée sur la protection des producteurs a abouti à la reconnaissance d’un détournement de notoriété par le juge anglais. En effet, le mot champagne désigne un vin venant de France et l’utilisation de ce nom a pour but délibéré de profiter de la renommée du vrai champagne, mondialement connu. Les Espagnols sont invités à cesser cette pratique « dishonest ».