Association Viticole Champenoise – AG 2018

Maxime Toubart : « Nous ne nous laisserons pas faire »

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Pierre-Emmanuel Taittinger : « Un véritable réseau social, chaleureux, solidaire et précurseur » 

Autour d’un conseil d’administration paritaire, et en étroite relation avec le Comité Champagne, l’AVC compte aujourd’hui plus de 30 délégués régionaux et 263 correspondants bénévoles répartis sur la totalité du vignoble champenois, « qui œuvrent pour l’excellence de notre terroir afin que chaque année la meilleure vendange possible soit au rendez-vous », a rappelé le président Pierre-Emmanuel Taittinger, remerciant tous les acteurs de cette vénérable association née il y 120 ans, « véritable réseau social, chaleureux et solidaire, précurseur ».

La vendange 2018, « la plus belle de toute l’histoire de la Champagne » était notamment au centre de son discours. « Cette récolte exceptionnelle, rare en tout point, ne doit en aucun cas nous faire oublier 2017. N’ayons pas la mémoire courte et rappelons-nous sans cesse nos promesses d’excellence dans la façon de faire et l’impérieuse nécessité que nous avons d’avancer vers un respect total de l’environnement, seule garantie de notre avenir. Il faut savoir que nous ne sommes pas seuls dans le monde et que nous nous devons d’être leader dans ces démarches ».

Qualité, environnement, justement les acteurs de la filière champagne s’en préoccupent et agissent.  « Il est heureux de constater que le plus grand nombre d’entre nous s’investit maintenant pour aller vers les 100 % de certifications HVE et VDC, et l’indispensable zéro herbicide, sans oublier nos efforts pour réduire au maximum l’utilisation des pesticides. Cet investissement de la Champagne existe aussi pour l’embellissement où la prise de conscience générale est aujourd’hui effective, avec des résultats souvent aussi peu coûteux que rapides dès lors que nous décidons d’agir, afin que nos territoires soient à la hauteur de la réputation de nos flacons dans le monde. » Au cœur de tout cela, insistait Pierre-Emmanuel Taittinger, « il y a l’humain, l’humain et toujours l’humain. Cet humain qui nous rassemble aujourd’hui dans le très court espace de nos vies. Cet humain qui nous fait vivre ensemble, cet humain généreux, cet humain réconciliateur, cet humain exemplaire, comme doivent être le champagne et la Champagne dans le cœur des effervescents ».

Au terme de son mandant de président de l’AVC, Pierre-Emmanuel Taittinger a tenu à remercier « toutes les équipes du Comité Champagne sous l’autorité de Vincent Perrin, et de son directeur technique Arnaud Descôtes, qui contribuent au succès et à la vitalité de notre association qui, si elle maintient le même état d’esprit, conservera son éternelle jeunesse. Au sein de notre plus ancienne entité collective, de par les humbles efforts, mais toujours continus de vous tous ici présents, et en particulier de nos délégués régionaux et de nos correspondants de l’AVC, avec le soleil ou sous la pluie, vous continuerez de nous montrer le chemin ».

François Pierson, vigneron à Louvois, succède à Pierre-Emmanuel Taittinger à la présidence de l’AVC et pour une durée de 4 ans.

Jean-Marie Barillère : « La quête de l’excellence doit être notre credo »

L’intervention de Jean-Marie Barillère, président de l’Union des Maisons de Champagne, était également émaillée de messages forts. Notamment sur l’indispensable nécessité d’évoluer « pour répondre au mieux aux attentes de nos consommateurs, les faire rêver afin qu’ils acceptent de payer la vraie valeur de nos merveilleux produits. Nous devons mieux les écouter, être attentifs aux signaux qu’ils nous envoient, leur procurer une plus grande transparence sur nos activités, une plus grande réassurance sur l’authenticité de nos marques, et surtout sur la qualité de nos produits ».

Jean-Marie Barillère abordait aussi le bilan des expéditions 2018 : « Sur le plan commercial, 2018 va marquer le pas. Une année, en fait pas très différente des précédentes, mais où le pessimisme l’emporte un peu plus, avec sans aucun doute un volume en berne, et peut-être aussi une légère baisse du chiffre d’affaires de la Champagne.  « L’an dernier, je vous ai dit que j’espérais un sursaut de notre marché national : l’optimisme semblait revenir avec un nouveau gouvernement, plein de promesses. Hélas, les chiffres sont là : à fin septembre, le marché français est à moins 4,5 %, ce qui pourrait conduire à une perte de 6 millions de bouteilles sur l’année 2018… ».

Authenticité et transparence

Si le deuxième marché, en volume, le marché anglais, est en train de rebondir, il faudrait que tous les autres pays export réalisent une performance de + 5 % pour compenser la perte du marché français. « Heureusement que le Japon, l’Asie du Sud-Est, les Etats Unis, l’Italie, l’Espagne sont là. J’espère de tout coeur que nous ne serons pas trop loin de ces + 5 % (nous ne sommes qu’à + 2 % à fin octobre), que nous serons au-dessus de 300 millions de bouteilles, et in fine, donc, pas trop loin de notre record de l’an passé, 4,9 milliards d’euros », déclarait le co-président de la filière Champagne.

Pour Jean-Marie Barillère pas d’hésitation : « Il faut aider ceux qui souffrent à mieux coller aux attentes du marché. C’est notre responsabilité en tant que dirigeants de la filière champagne que de l’accompagner dans sa transition vers un nouveau modèle de croissance. » Et de rappeler ses convictions : « La première est la quête sans fin de l’excellence de nos produits, la deuxième est la diminution de notre empreinte environnementale, la troisième est la performance de notre couple appellation-marque, qui suppose que nous soyons irréprochables en termes d’authenticité, en termes de transparence. Ce sont ces trois axes qui vont permettre de renforcer le mythe champagne et qui vont aider les opérateurs les plus fragiles. »

Parmi les messages forts

Maxime Toubart
« Oui, l’objectif est de pouvoir, dans quelques années, parler d’une Champagne 100 % durable, engagée et exemplaire, et de pouvoir afficher zéro désherbant. Oui, nous devons poursuivre notre démarche qualitative, pour que nos raisins et nos vins soient irréprochables. »

« Une Champagne durable n’est pas seulement une Champagne respectueuse de l’environnement. Cela va bien plus loin. C’est aussi une question d’éthique, de manière de penser nos exploitations. Ce qui inclut par exemple le choix de nos prestataires, notamment au moment de la vendange. Je suis certain que vous voyez ce que je veux dire. Que chacun prenne ses responsabilités afin de voir disparaître certaines pratiques indignes et honteuses ! ».

Jean-Marie Barillère
« La vendange 2018, merveilleuse vendange, doit être notre référence qualitative. Qu’est-ce que vous avez bien travaillé ! Même si la météo vous a un peu aidés. Cette vendange nous rappelle que nous pouvons faire de hauts rendements certaines années, c’est pour cela que nous pouvons être exigeants les années moins généreuses sur le plan qualitatif. Cela demande un changement majeur de comportements des uns et des autres. De grâce, ne recommençons pas 2017, n’apportons sur les quais et n’achetons que des raisins que nous pouvons manger. Je dis bien manger. »

« 2018 nous a permis de ménager notre empreinte environnementale. Parfait, mais là encore, ce n’est qu’un début. Soit, nous sommes courageux, pro-actifs, et nous interdisons rapidement l’emploi de tout herbicide de synthèse, soit nous attendons la non-homologation de ces molécules. »

« Nous travaillons avec la Région Grand Est qui est attentive, à prendre des mesures d’aides à l’investissement pour tous ceux qui veulent s’engager, afin que la Champagne soit le plus rapidement possible à zéro herbicide. Nous nous fixons deux objectifs : zéro et 100. Zéro herbicide en 2025 et 100 % des exploitations certifiées en 2030. Le temps presse… sachant qu’un différentiel de prix apparaît parfaitement justifié entre un raisin conventionnel et un raisin sans herbicide ou un raisin certifié Viticulture Durable en Champagne ou certifié bio ou autres.

Pierre-Emmanuel Taittinger
A propos de la réduction des herbicides : « Anticipons plutôt que de subir à brève échéance une contrainte légale. »

Pôle technique très pointu

Une nouvelle fois, le bilan d’activités du pôle technique et environnement du Comité Champagne s’affirmait très informatif, complet et argumenté, avec les commentaires de vignerons filmés. Orchestrées par le directeur Arnaud Descôtes et son équipe de spécialistes, les interventions abordaient l’année culturale 2018 et les vendanges, le réchauffement climatique (sujets que nous avons largement relatés, notamment, dans La Champagne Viticole de septembre 2018, n° 848), les efficaces bénévoles du réseau MATU, la grêle et le gel, la réduction des produits phytosanitaires, l’adaptation envisageable dans les pratiques culturales, les cépages résistants… Aux constats suivaient les différents leviers et solutions en cours et envisagés pour que la famille champenoise s’adapte et innove, pour qu’elle avance collectivement. L’occasion aussi de rappeler les multiples efforts déployés par la filière pour accroître la biodiversité (plus de 20 km de haies plantées en 3 ans), pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre (- 14 % entre 2013 et 2018) et développer la viticulture durable (20 % des surfaces certifiées VDC).

Brice Lalonde invité

Brice Lalonde, ancien ministre de l’Environnement, était l’invité de cette AG 2018, sollicité pour intervenir sur le thème du changement climatique. Le conseiller spécial sur le développement durable après du Pacte mondial des Nations-Unies aura d’ailleurs félicité la Champagne pour ses actions en cours et à venir, notamment dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre et le développement durable. « Le changement climatique est une réalité très fâcheuse », insistera Brice Lalonde, « ou bien on s’entraide pour agir, comme vous le faites, ou bien c’est chacun pour soi » (référence non voilée au président Trump).

L’ancien ministre livrera quelques données pour « garder la tête froide », dénonçant ainsi « ce marketing de la peur » plusieurs fois évoqué lors de l’assemblée générale ou « ces réactions émotives qui peuvent brouiller les réalités scientifiques ». Le coupable numéro 1 des émissions de gaz à effet de serre, qui repartent à la hausse au niveau international, « c’est la production d ‘électricité par le charbon. La France n’est donc pas concernée ». Le coupable numéro 2  « c’est la déforestation, suivie des transports ». Enfin, il faut savoir « qu’à l’échelle de la planète, la France envoie 1 % des émissions de gaz à effet de serre. Ce chiffre monte à 2 % en comptant les importations. Ce n’est pas considérable, le souci c’est que contrairement à la Champagne, la France accroît dans son ensemble ses émissions de gaz, son problème numéro 1 restant le pétrole. »

T.P.