Agir sur tous les fronts

Plan dépérissement du vignoble : une action à 360°

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Les pépiniéristes s’engagent

Le président de la Fédération Française de la Pépinière Viticole, David Amblevert, aime à souligner que « dès le lancement du Plan dépérissement, la pépinière a été associée dans l’échange et la concertation. Avec 600 pépiniéristes, la France est le premier pays producteur ». La filière s’est mobilisée notamment pour créer une marque collective nationale « Les bois et plants de vigne ». Une marque volontaire comportant trois règles : la transparence, la traçabilité et le partenariat avec le viticulteur. Son cahier des charges certifie une origine nationale. Pépinière, culture et greffage sont produits en France, sous contrôle de FranceAgriMer. Être adhérent de la marque, implique donc de répondre à ces trois critères. Pour David Amblevert : « Ce n’est pas juste une image. Nous allons  renforcer les réseaux et les échanges. Pour la gouvernance, je souhaite qu’il y ait des viticulteurs. » Le lancement de cette marque a eu lieu fin octobre 2018, lors du congrès national de la FFPV organisé à Beaune.

www.ffpv.fr

 

1,5 M€ pour les nouveaux programmes

Cinq nouveaux lauréats ont été sélectionnés à l’issue de l’appel à projets lancé en décembre 2017. Les équipes de recherche, parfois nouvelles au service de la viticulture, se répartiront 1,5 million d’euros entre 2018 et 2022 et travailleront sur trois axes. A savoir, les interactions entre la plante et le sol pour mieux comprendre le lien entre santé de la vigne et qualité des sols ; les leviers socio-économiques nécessaires à l’accompagnement du changement de pratiques viticoles à l’échelle de l’exploitation (contraintes économiques et organisationnelles) ; le transfert de connaissances, notamment en matière de lutte contre la maladie. Au total, 14 projets et 4,6 millions d’euros sont déjà consacrés à des programmes de recherche contre le dépérissement du vignoble français.  En trois ans, de 2017 à 2019, 10,5 millions d’euros seront engagés dans le Plan, dont une partie significative sera allouée à la recherche.

 

Une webformation le 23 février

Une formation en ligne débute le samedi 23 février avec le module 1 : « Le dépérissement, une menace pour le vignoble ». Elle sera suivie de trois autres modules et d’une conclusion. Pour participer à l’événement, il faut se connecter (www.plan-deperissement-vigne.fr/evenements/webformation-deperissement/2019-02-23), créer un compte et s’inscrire.

« En deux heures, découvrez les réponses aux questions que vous vous posez sur les dépérissements. Retrouvez ici des vidéos inédites, des tests d’autoévaluation et des informations utiles pour observer et reconnaître les symptômes des dépérissements et agir pour lutter de manière efficace », indiquent les organisateurs de cette webformation.

 

Replantation : une offre de financement sur mesure

Une décision de l’interprofession permet de compenser la perte de volume liée à l’arrachage par une utilisation partielle de la réserve. © JC Gutner

La décision de juillet 2017 de l’interprofession, dont l’objectif est de compenser la perte de volume liée à l’arrachage par une utilisation partielle de la réserve, est une illustration des nombreuses actions pour préparer le vignoble aux évolutions climatiques tout en réduisant le recours aux intrants.

Pour faire suite à cette décision, le Crédit Agricole du Nord Est a mis en place une offre sur-mesure qui permet de financer les travaux effectués pour l’arrachage, la préparation du sol, la replantation, mais aussi les plants et le matériel nécessaire. Ce financement sera réalisable sur le montant HT, dans la limite maximum de 80 000 € par hectare.

« Notre  dispositif  se décompose  en 3 phases, couvrant toute la durée de l’arrachage à la première vendange. La phase 1 (24 mois maximum) va de l’arrachage à la plantation, pendant la période de non production de la vigne. Les fonds  sont versés en plusieurs étapes selon l’avancement des travaux  (ex : à la transmission de la facture d’arrachage). Durant cette période, le vigneron pourra ne payer que les intérêts de l’emprunt. La phase 2 intervient durant la période de développement de la nouvelle vigne. Alors, le Crédit Agricole du Nord Est peut proposer au viticulteur d’intégrer un différé de remboursement à son prêt pour pallier le manque de revenu de la parcelle concernée. Enfin, la phase 3 porte sur la première vendange : le prêt rentre en phase d’amortissement, le viticulteur rembourse alors le capital et les intérêts », détaille David Ménival, directeur Filière viticulture. Il rappelle que le Crédit Agricole du Nord Est est « la banque de 9 viticulteurs sur 10, mais aussi banque engagée dans la transition énergétique ». « Avec ce dispositif, nous accompagnons la viticulture dans sa démarche de renouvellement », conclut-il.

Denis Velut : « Soyons tous très vigilants »

Denis Velut : « Le dépérissement est multifactoriel et le sujet ne peut pas être pris à la légère. » © Philippe Schilde

Elu au SGV et membre du comité national réunissant les professionnels sur la question du dépérissement, le Champenois Denis Velut invite ses collègues vignerons à se montrer attentifs à cette problématique qui n’épargne(ra) pas notre région, notamment parce que l’âge moyen des vignes progresse et que le niveau de renouvellement n’est pas en phase.

Actuellement, la Champagne n’est pas la plus touchée par la problématique du dépérissement, mais elle doit néanmoins être tout aussi active que les autres sur le sujet. Pourquoi ?

Parce que l’ensemble des vignerons de notre pays est en demande de solutions devant le risque que font peser les maladies du bois et les viroses, notamment. Le dépérissement est multifactoriel et le sujet ne peut pas être pris à la légère. Il faut s’y attaquer sur tous les fronts, tous ensemble. Il est à signaler qu’au regard des enjeux, tout le monde s’est rapidement mis autour de la table pour réfléchir et agir : appellations, professionnels, scientifiques, instituts… Il fallait en effet travailler de manière ordonnée, concertée pour avancer. Le Plan national dépérissement mis en place a déjà permis de multiplier les échanges, de comparer et partager les pratiques, de mettre des moyens dans la recherche en France et d’interagir avec la recherche internationale car le problème ne se limite pas aux vignobles de l’Hexagone. Le CNIV est le chef de file de ce plan. Son président est le Champenois Jean-Marie Barillère, co-président du CIVC. L’action engagée a permis d’interpeller le ministère de l’Agriculture et d’obtenir des financements de l’Etat qui s’ajoutent aux moyens consacrés par les interprofessions. Certes, on estime que seulement 1 à 2 % des plants sont concernés en Champagne par les maladies du bois – alors que nos voisins de Chablis ou de Sancerre sont davantage impactés, par exemple -, mais il convient d’être attentifs et de sensibiliser nos collègues face aux risques encourus.

Comment expliquer que la Champagne soit moins touchée ?

Le déclencheur du travail de fond engagé sur le dépérissement, c’est l’interdiction par l’Europe, au début des années 2000 d’un produit, l’arsénite de sodium, dont l’utilisation limitait auparavant les maladies du bois. Personne à ce jour n’a trouvé de produit de substitution, non toxique. Mais tout le monde cherche. Les essais de désinfection des sols par fumigation après arrachage n’ont pas apporté les solutions espérées à une époque et ont été abandonnées. La Champagne est peut-être moins touchée en raison des pratiques culturales et des choix variétaux effectués. Des observations empiriques ont démontré que la taille de la vigne avait une influence. Selon la pratique, elle peut être moins mutilante, moins perturbante pour la circulation de la sève dans le plant. C’est un travail de long terme, mais il faudra tenir compte de la taille dans notre cahier des charges champenois. Tous les éléments doivent être pris en compte et l’âge moyen des vignes est au cœur du sujet. Plus elles vieillissent, plus elles s’avèrent vulnérables. En Champagne, nous avons dépassé les 35 ans de moyenne d’âge. Sur elles, le réchauffement climatique et le stress hydrique ont des effets indéniables. N’oublions pas que des ceps sains peuvent être porteurs de pléthore de champignons. Du jour au lendemain, ils peuvent déclencher des maladies. Soyons tous très vigilants !

 

L’ambition numéro 1 est la formation

Pour Christophe Riou, il y a des solutions à court et moyen terme.

Le point avec Christophe Riou, délégué national de la mission dépérissement.

La notion de dépérissement est complexe. Une multitude de facteurs provoquent la baisse de la production du cep jusqu’à sa mortalité. Le chantier est vaste, par où commencer ?

70 facteurs ont été classés en quatre catégories, les maladies (bio agresseurs, champignons, bactéries), les facteurs environnementaux (changement climatique, stress hydrique, grêle, gel), ceux liés aux pratiques viticoles (taille facteur aggravant ou préventif, taille respectueuse non mutilante) et enfin les facteurs liés aux pratiques sociaux-techniques (cahier des charges, choix du matériel, contraintes liées à l’exploitation).

Ce phénomène s’est aggravé au début des années 2000, avec une recrudescence des maladies du bois liée au changement climatique. Par exemple, le court-noué et la flavescence dorée qui s’étend. Tous les vignobles sont concernés.

Un séminaire s’est déroulé au printemps dernier à Montpellier. Où en sont les avancées du Plan Dépérissement ?

Il n’y a pas une cause et une solution. Les premières actions ont vu l’édition d’un carnet du plan, présentant 31 actions réunies sur les quatre ambitions initiales. Neuf projets ont été retenus et mis en place, avec des résultats d’ici 2 à 3 ans. Pour la deuxième phase, débutée en 2018, priorité est donnée au sol. C’est une démarche inédite portée par la profession qui associe État et professionnels pour un montant de 10,5 millions d’euros sur trois ans, pilotée par les interprofessions.

Neuf programmes de recherche ont débuté. Quels champs d’action recouvrent-ils ?

Je peux citer celui qui cherche à comprendre ce qui détermine la longévité d’une parcelle de vigne, avec le programme Longvi piloté par Marion Claverie de l’IFV, sur des parcelles à Gigondas. Un autre est le projet Origine sur l’amélioration du matériel végétal. Avec la crise du renouvellement, 20 % des surfaces de vignes mères de greffons ont disparu par suite de détection de maladies du dépérissement. Nathalie Ollat à l’INRA Bordeaux travaille sur la qualité de la greffe du jeune plant en partenariat avec la Fédération Française de la Pépinière  Viticole.

Il n’y a pas que la recherche !

La partie la plus visible est la dynamique de recherche. Pour autant, il y a des solutions à court et moyen terme. L’ambition numéro un est par exemple la formation avec les chambres d’agriculture, 60 pôles de formation sont géographiquement référencés. Il faut encourager la formation de formateurs pour la taille, le recépage, le curetage. Ce qui est fait avec Olivier Jacquet, à Avignon, ou en Champagne avec la Corporation des vignerons de Champagne. Il y a également des projets avec des lycées viticoles, l’enseignement supérieur. Le FAFSEA va intégrer dans ses formations des certifications relatives à la prévention du dépérissement pour les salariés. L’autre originalité est le réseau viti-acteurs. Les différents groupes partagent leurs expériences au vignoble, ils amènent des solutions à tester.

www.plan-deperissement-vigne.fr

Florence Fontaine et l’Urca au cœur du sujet

« La sensibilité des ceps s’accroît avec les évolutions environnementales. »

Le 11e congrès international sur les maladies du bois de la vigne se tiendra au Canada cette année. La dernière édition avait eu lieu à Reims et Florence Fontaine, enseignant chercheur en biologie et physiologie végétale à l’Urca (Université de Reims Champagne-Ardenne) en avait été la cheville ouvrière. Rattachée au laboratoire RIBP (Résistance Induite et Bioprotection des Plantes), elle travaille sur le sujet depuis 2002 et dirige depuis plus d’un an la Chaire Maldive (maladie du bois de la vigne).

« Nos travaux visent notamment à développer des solutions de lutte contre les maladies fongiques au moyen de molécules naturelles. La sensibilité des ceps s’accroît avec les évolutions environnementales : pics de température, stress hydrique… Ce sont des facteurs aggravants. Ils modifient la physiologie de la vigne et, dans le même temps, l’agressivité des pathogènes peut augmenter. En laboratoire, nous testons des micro-organismes utilisables dans les sols comme au niveau foliaire. Nous multiplions les combinaisons afin d’identifier les solutions potentielles, mais c’est long. Il faut compter encore 4-5 ans pour passer à des essais grandeur nature », explique Florence Fontaine, en notant que l’agressivité des pathogènes en question (Fomitiporia mediterranea, Phaeomoniella chlamydospora, Phaeoacremonium species pour l’Esca, Eutypa lata pour l’Eutypiose, Diplodia seriata, Neofusicoccum parvum pour le dépérissement aux Botryosphaeriacées) se manifeste à l’échelle des vignobles de la planète, avec des différences de degré selon les cépages utilisés et les pratiques culturales.

Outils de diagnostic

© Vincenzo Mondello – URCA

A titre d’exemples, dans le cadre d’un programme financé par l’Etat (Casdar V1301) impliquant trois vignobles (Alsace, Champagne et Languedoc-Roussillon), la professeure rémoise a planché entre 2013 et 2016 sur les effets autrefois bénéfiques de l’arsénite de sodium afin de tenter de trouver son équivalent naturel, biologique. En 2018, en partenariat avec le CIVC, elle a été associée au lancement du programme Holoviti piloté par l’Inra de Dijon et l’Université de Bourgogne. Ce programme de recherche vise à « étudier les interactions entre les micro-organismes présents dans le sol et dans l’environnement de la plante (racine, tronc, feuilles) dans des situations variées de dépérissement. Il s’intéresse aussi à une interaction particulière entre les plantes via la mycorhization ». « Notre objectif est la mise en place d’outils de diagnostic de l’état de santé d’une parcelle et l’évaluation des bénéfices de la mycorhization », expose Florence Fontaine.