1968

L’orage éclate en mai

L’orage éclate en mai

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Une campagne viticole difficile

En 1968, les conditions climatiques n’ont pas joué en faveur de la sérénité : gelées d’hiver en janvier, gelées « dans la bourre » le 10 avril, puis le 13 mai, le 18 et le 20 mai. La « Côte Blanche », la Montagne de Reims, les contours d’Epernay et l’Aube sont frappés. Heureusement, la montre était belle. Mais la récolte n’a pas apporté beaucoup de réconfort : « Ces vendanges ne compteront certes pas parmi celles dont on désire garder le souvenir. Après un printemps dur qui a apporté la calamité à beaucoup, un été exceptionnellement pluvieux et l’attente du beau temps déçue en septembre, on ne pouvait rien espérer de bon. Pourtant, s’il a eu la chance que son vignoble n’ait pas trop souffert de la gelée, le vendeur de raisin s’est bien tiré, en définitive, de cette campagne. La quantité a été raisonnable. La vente a été facile… très facile. »

Le prix du kilo est fixé à 3,95 F* et la prime aux cépages nobles à 0,20 F. Les vignerons ont vendu 52 % de leur récolte et les négociants n’ont couvert que 85 % de leurs sorties. Pas de quoi calmer le jeu…

* Converti en euros constants 2018, compte tenu de l’inflation, avec le convertisseur de l’INSEE, cela donne 4,86 €/kg + 0,25 € de prime aux cépages nobles.

La coopération trouvera-t-elle son second souffle ?

Le ralentissement commercial est salutaire, car il permettra de regonfler le stock. Toutefois, le SGV s’interroge. L’incapacité du CIVC à prendre en charge la défense de l’AOC dans l’affaire de Pocancy, le non-respect du statut champenois par un opérateur majeur, la baisse des ventes pour la première fois depuis longtemps, ne sont-ils pas des signaux d’alerte à prendre en compte ? Après une décennie de facilité, il est peut-être temps que le Vignoble s’interroge sur ses faiblesses et anticipe les évolutions pour rester fort. Les manipulants devraient travailler à la modernisation de leurs méthodes de vente, sans se contenter « d’attendre le client ». Quant à la coopération, elle est « dans une période étale de son évolution ». Les coopératives sont présentes dans la plupart des crus et l’équipement en pressoirs paraît satisfaisant. Mais la coopération n’a pas assez de cuves pour loger une récolte, même moyenne, de ses adhérents. C’est logique : plus de la moitié de la vendange des coopérateurs est vendue en raisins et aucune menace de mévente n’est apparue depuis 1954. Les dirigeants du Syndicat pensent que le stockage pour faire face aux situations exceptionnelles pourrait être réalisé par le groupement de plusieurs coopératives.

Par ailleurs, le vignoble aura peut-être un jour besoin de débouchés majeurs. Il devra alors devra avoir accès aux véritables circuits de commercialisation et seules les très grosses unités de production peuvent y parvenir. La coopération vend à peine 3 % des expéditions de Champagne. « Le champ de prospection est donc immense. » Ainsi, le SGV fixe de nouveaux objectifs au réseau coopératif qu’il a initié. « Il ne faut pas se dissimuler que la tâche à accomplir est considérable. Mais ne pas avancer dans ce sens, c’est ne jamais devenir réellement majeur. Ces réflexions resteront utopiques si le vignoble continue à ne pas rencontrer de difficulté pour écouler sa récolte. Mais si quelque obstacle se présentait pour la vente, alors on verrait celui-ci se tourner vers le débouché ouvert par les coopératives. La seule question est de savoir si celle-ci seront prêtes alors à remplir le rôle qui leur sera demandé. C’est là qu’est la difficulté. La mise sur pied d’une organisation commerciale importante est longue, difficile et coûteuse. Qui fera les sacrifices nécessaires pour la créer alors que tout est facile par ailleurs ? Il est donc à craindre qu’il soit trop tard pour s’organiser quand le besoin s’en fera sentir. C’est pourquoi on peut se demander si la coopération va trouver son second souffle. »