Assemblages ou monocrus

Une vieille querelle champenoise

Une vieille querelle champenoise

Le « centralisateur » de G.H. Mumm, grandes orgues pour les assemblages installées en 1957, offrait au chef de caves une gamme fantastique pour l’époque. Aujourd’hui, cet élément du patrimoine industriel fait la joie des visiteurs.

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Le débat « du champagne » ou « des champagnes » ?

L’assemblage va connaître au XIXe siècle des améliorations techniques. Les pompes qui introduisent le vin par la base du foudre remplacent les brocs et évitent de « battre le vin à l’air ». L’usage de foudres toujours plus grands permet des assemblages sur des volumes plus larges avec une palette de crus plus diversifiée. Cela induit cependant davantage de risques financiers, la dégustation de chaque fût avant l’assemblage ne doit laisser place à aucune erreur. « On comprendra facilement que l’introduction d’une seule pièce d’un goût, même douteux, dans un coupage de 100 hectolitres, peut le compromettre entièrement », écrit Edouard Robinet en 1877.

La sélection des levures et leur ajout à la fin du XIXe siècle permettent enfin de s’affranchir de la règle qui imposait de ne jamais utiliser plus d’un tiers de vin vieux dans les assemblages, par peur de manquer de ferment.

Avec l’élargissement des assemblages, des premières remises en question émergent. En 1908, Emile Roche indique que « bien des propriétaires négociants (…) y voient une des causes de la décadence de la Champagne. Si en agissant ainsi, disent-ils, on a créé le champagne tout court, le champagne impersonnel trop facilement imitable, on a supprimé du coup la personnalité des crus, et s’il existe pour tous du champagne, il n’y a plus pour personne, de vin d’Aÿ, d’Avize ou de Bouzy. Si on a pu avec ce procédé produire davantage, on a en même temps facilité les imitations ».

Equation de l’assemblage : 1 + 1 = 3 !

Bref, c’est la première fois qu’on exprime ce qui va devenir le débat de la fin du XXe siècle, doit-on produire « du champagne » ou « des champagnes » ?

L’essor prodigieux pendant les Trente Glorieuses des récoltants-manipulants renforce l’affrontement. On verra en 1961 une Maison mener une campagne de presse en Angleterre contre les RM, affirmant que les champagnes monocrus, de qualité inférieure, ne respectent pas la tradition et ne devraient pas bénéficier du droit à l’appellation.

Une opinion que même certains représentants vignerons partagent. Jean Nollevalle, alors directeur du SGV, considère que la manipulation directe par les vignerons constitue un danger pour la qualité et l’image de l’appellation et recommande le système des coopératives qui redistribueront des bouteilles issues de larges assemblages aux adhérents, pour qu’ils les commercialisent sous leurs propres marques.

Depuis quelques années, le réchauffement climatique a amené à porter un regard plus bienveillant : il est moins nécessaire de rééquilibrer certains vins. Des maisons ont elles-mêmes développé leurs clos. Mais l’équation miraculeuse de l’assemblage demeure : 1 + 1 = 3 ! Et les RM dont les crus sont souvent dispersés ne sont pas les derniers à la pratiquer…

Y.T.