Journée Vignoble & Qualités

« Zéro phyto » : une conférence zéro défaut

« Zéro phyto » : une conférence zéro défaut

Les intervenants ont insisté sur la nécessité d’accompagner les vignerons vers l’objectif zéro phyto.

Les échanges organisés au Centre Vinicole – Champagne Nicolas Feuillatte sur le « zéro phyto » ont démontré que les mentalités étaient en train de changer. Sous la pression sociétale, cet objectif peut désormais être abordé sereinement. Même si tout le monde s’accorde à penser qu’il faudra laisser du temps au temps pour réussir ce défi.

Cette 22e édition a connu une assistance record avec 385 inscrits. « C’est l’une des plus fortes participations à ces journées techniques », a commenté Laurent Panigai, directeur général adjoint du Centre Vinicole – Champagne Nicolas Feuillatte. Le sujet était sensible et il a été traité sans langue de bois de la part des nombreux intervenants, qui ont confronté à la fois leurs connaissances et leur point de vue sur un sujet crucial pour l’avenir des vignobles.

« Les attentes sociétales viennent bouleverser nos habitudes et nous mettent devant nos responsabilités », a lancé Véronique Blin, présidente du conseil d’administration du CV-CNF, en introduction de cette conférence présidée par Daniel Beddelem, directeur territorial de l’Agence de l’eau Seine-Normandie. Ce dernier a présenté un état des lieux du suivi de présence de pesticides, réalisé grâce aux 1700 stations de qualité de l’eau de l’Agence, dont une bonne partie concerne le vignoble champenois. « Il y a des efforts à faire. La concentration et la diversité des molécules est forte, elles ont des conséquences sur la qualité de l’eau potable », a-t-il commenté.

Membre du conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), Didier Pinçonnet constate que « l’utilisation des produits phytosanitaires augmente » et que « les réseaux Dephy n’ont pas tenu leurs promesses. Nous avons beaucoup de mal à atteindre les objectifs fixés et notre modèle de production est à revoir ». Selon lui, « les financements sont mal ciblés et il conviendrait d’engager une réflexion à long terme ».

Valérie Genesseaux, administratrice bénévole de France nature environnement (FNE), qui compte 63 associations adhérentes et 3500 associations affiliées, milite pour une transition agro-écologique qui conduirait à l’arrêt de l’utilisation des pesticides de synthèse. « Des alternatives existent mais nous sommes confrontés à un manque de formation à ces techniques. »

Enjeux techniques considérables

« La première cause de mortalité dans le monde est l’eau. Nous touchons à quelque chose de fondamental pour le vivant. Notre défi est de trouver des compromis entre une nécessaire écoute professionnelle et l’intérêt du zéro phyto », a résumé Laurent Panigai. « Il faut revisiter les bases de l’agronomie et réinvestir dans l’observation du végétal », a ajouté Daniel Beddelem.

Les enjeux techniques sont considérables. Arnaud Descotes, directeur technique du Comité Champagne l’a rappelé. Il a insisté sur les efforts réalisés en Champagne au milieu des années 1980 avec la mise en place de la confusion sexuelle qui couvre 50 % du territoire, l’amélioration de la qualité de la pulvérisation, la re-végétalisation de l’aire d’appellation. « Nous avons réduit considérablement la quantité de fongicides et d’insecticides. Et le poids des produits de biocontrôle augmente. Le recours aux vignes semi-larges sera en outre un bon moyen de réduire l’utilisation de produits phytosanitaires. »

Vincent Fahy, conseiller viticole à Viti Concept et Christophe Didier, conseiller viticole chez Feuillatte, ont estimé « qu’il fallait mesurer l’espace parcouru en 20 ans », avec notamment l’enherbement des vignes ou la réduction des traitements sur la pourriture grise. Constance Tuffet, responsable de la communication chez Bayer estime que « les attentes sociétales sont une tendance de fond et qu’il serait irresponsable de ne pas continuer une démarche de progrès. La recherche va devenir de plus en plus complexe, il faut s’adapter de plus en plus vite à différentes contraintes mais cela nécessite du temps et de plus en plus d’investissements. »

Eric Rodez, vigneron à Ambonnay, a plaidé pour la création de nouveaux lieux d’accompagnement et la mutualisation du matériel. Sébastien Debuisson, responsable du service vigne au Comité Champagne, a évoqué la création de nouvelles variétés de cépages et Simon Blin, administrateur et rapporteur de la commission technique du CV-CNF, prônait la formation, l’accompagnement technique et le retour vers l’agronomie. « C’est aux vignerons de se saisir de tous ces sujets », a conclu Daniel Beddelem.