Fossoy

Benoît Déhu, un vigneron dans l’air du temps

Benoît Déhu, un vigneron dans l’air du temps

Vous devez vous connecter à l'aide de votre identifiant et de votre mot de passe d'abonné
au magazine La Champagne Viticole pour accéder à ce contenu.
Votre identifiant et votre mot de passe vous ont été communiqués par e-mail lors de l'activation de votre abonnement à lachampagneviticole.fr.




Lost your password?

Les visiteurs « montent à la cave ! »

Pièce maîtresse du domaine Déhu : un sublime chai suspendu, aménagé en 2015 à l’étage de l’ancien grenier à grain familial. L’atmosphère qui s’en dégage allie subtilement l’odeur du bois aux effluves de la vinification. Benoît Déhu a conçu ce lieu de A à Z et n’a rien laissé au hasard. « Je propose souvent à mes visiteurs de monter à la cave, plaisante-t-il. Stocker mes fûts ici, avec la présence des poutres en bois et ces vieux murs en pierre meulière qui gardent toute la fraîcheur, c’était une évidence. Je n’ai utilisé que des matériaux naturels. Les murs sont recouverts d’argile de Picardie, par exemple. »

Il travaille aussi depuis 2011 avec Jérôme Viard, le fondateur de la tonnellerie de Champagne-Ardenne et Denis Saint-Arroman, meilleur ouvrier de France en tonnellerie. Ensemble, ils ont prélevé trois chênes plantés en 1892 dans la forêt familiale dite de Meilleray, près de Le Breuil, pour élaborer plusieurs fûts. « On est dans un cycle à la fois local et naturel. Certains voient cela comme une (r)évolution, mais là encore, je n’ai rien inventé : c’est ce que faisaient déjà nos aïeuls à l’époque. Il existe plein de ressources autour de nous. C’est une façon de faire vivre le territoire et une belle aventure. »

Benoît mise également sur la diversité des fûts et des foudres pour multiplier le potentiel gustatif de ses vins. « Chaque fût à son identité et ses particularités. En partant d’une même parcelle, on peut obtenir toute une palette aromatique et réaliser des assemblages très intéressants. » Et lorsqu’on lui suggère d’expérimenter le vieillissement en jarre, il tempère : « Le bois, c’est mon ADN. Pour l’instant, je préfère l’éprouver. » Chaque chose en son temps.

La Rue des Noyers, éclatante de saveurs

Le champagne pur meunier « La rue des Noyers » imaginé par Benoît Déhu reflète parfaitement sa philosophie : des vignes travaillées avec respect, un cépage unique, pas de fermentation malolactique ni de dosage et un vieillissement en fût pour magnifier le tout. Le vigneron conseille toutefois d’aérer ce vin pour mieux en apprécier le bouquet de senteurs et de saveurs. Amande, miel, pruneau, coing, pomme, etc. Une cuvée élégante et complexe, qui mêle la finesse de ses bulles à la longueur en bouche. Preuve que le terroir a tout son rôle à jouer, la puissance et le fruit du pinot meunier s’équilibrent à merveille avec la fraîcheur et la vivacité qu’offrent les sols argileux. « Sa tension et sa minéralité permettent de le déguster à l’apéritif et de l’accorder avec beaucoup de choses, détaille Benoît Déhu. De la volaille, un comté affiné, de la truffe ou même de la cuisine japonaise. Mon petit truc, c’est de couper un panais en deux et de le caraméliser au four. Extra avec ce champagne ! ».

Le pari réussi de l’export

Le champagne Benoît Déhu cible un public plutôt averti, notamment des restaurateurs, et travaille avec beaucoup d’exportateurs. Il commercialise 90 % de sa production à l’étranger. « C’était un sacré pari, se souvient le vigneron. Nous sommes présents dans environ 25 pays. » Etats-Unis, Chine, Russie, Japon, Europe de l’Est, Singapour, Suède, Espagne, etc. Et très bientôt, le Canada et l’Ukraine. Face à la crise sanitaire et économique qui secoue le globe, Benoît Déhu reste optimiste. « On constate un ralentissement avec les Etats-Unis lié aux mesures de Trump, mais on sait que ça repartira. On a une clientèle fidèle et on sent une belle énergie. Nos partenaires ont envie de rebondir. » La période de confinement a même renforcé certains liens, malgré la distance. « On a fait beaucoup de réunions en visio, tout en simplifiant les échelons. On a ainsi pu voir des clients en train de déguster nos bouteilles à l’autre bout du monde. Mais ils ne boivent pas que notre vin, ils boivent aussi notre histoire. Le fait d’échanger avec les vignerons, de leur poser des questions, c’est très important pour eux. »