Une force

L’intelligence collective de la Champagne

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Le regard d’un professionnel du vin

Gérard Vinet, vigneron en Pays nantais, ex-président d’Interloire :
« Une organisation qu’on aimerait voir dupliquée »

©F. Michelot

« De part mon expérience interprofessionnelle (Ndlr : président d’Interloire de 2013 à 2017) et de mon point de vue personnel de vigneron, je suis assez admiratif devant le modèle champenois, avec un syndicalisme de producteurs très fort qui est dans l’échange avec l’autre partie, le négoce. C’est une organisation bien rodée qu’on aimerait voir dupliquée dans d’autres régions viticoles, y compris dans la mienne d’ailleurs. Je suis persuadé qu’on apporte de la valorisation sur un produit quand la mise en marché est maîtrisée, quand les prix sont également maîtrisés. Les évolutions lentes donnent de la pérennité. La Champagne s’inscrit dans cette logique et elle possède un atout supplémentaire : la maîtrise de la qualité liée à ses conditions de production, de stockage et d’assemblage.

Oui à la croissance… maîtrisée

Le lissage est plus facile que dans les régions où le produit est rapidement mis sur le marché. Notre chance, avec le vin, est d’avoir un produit qui se conserve, qui peut vieillir contrairement à d’autres secteurs de production tel le maraichage. Nous pouvons avoir une politique de gestion des stocks, qui, certes peut paraître lourde sur le plan économique et du point de vue de la fiscalité – un problème à régler, très certainement -, mais qui s’avère payante dès lors qu’on obtient une régularité en termes de vente et de prix. Enfin, avec d’autres vignobles de l’Hexagone, la Champagne s’est battue pour le maintien des autorisations de plantation au-delà de 2030 alors que l’Europe cherche à libéraliser. Comme ses dirigeants je pense que si tout le monde à droit à la croissance, il faut qu’elle soit maîtrisée, qu’elle ne vienne pas à court terme ou à long terme perturber les volumes mis sur le marché. Il faut préserver les systèmes vertueux et la Champagne l’a bien compris. »

Regards croisés des présidents de l’UMC et du SGV :
« Un sens du bien commun »

©Ph.Schilde

Coprésidents du Comité Champagne, le président de l’UMC Jean-Marie Barillère et le président du SGV Maxime Toubart, évoquent très spontanément ce qui leur vient à l’esprit quand on leur parle d’intelligence collective champenoise. Ils s’accordent à dire qu’ils veulent l’entretenir en se projetant dans l’avenir.

Un collectif au service de l’appellation

– « Au-delà des composantes que nous représentons, nous formons une collectivité qui doit travailler au service de l’appellation Champagne pour sa réussite. C’est une notion bien ancrée, comprise et admise de part et d’autre, tant côté vignerons que côté maisons. Je dis toujours qu’il vaut mieux partager une petite part d’un grand gâteau que repartir avec 100 % d’une miette… Plus nous sommes forts chacun dans notre domaine – ce qui est le cas – plus le rapport de force est équilibré. Il ne faut pas de maillon faible », assure le président de l’UMC.

– « Il y a plus d’intelligence dans plusieurs têtes que dans une seule, c’est une évidence, et nous avons cette chance au sein de notre interprofession de pouvoir proposer et confronter des idées. Nous travaillons dans une démarche constructive même si cela peut se heurter parfois aux intérêts individuels. Il faut les dépasser en nous appuyant sur les règles communes ayant été fixées et savoir évoluer aussi », constate le président du SGV.

Un objectif qualitatif partagé par les deux familles

– « Nous avons une totale conscience de l’aspect cyclique de la Champagne, l’histoire nous l’a enseigné, ce qui ne nous a pas empêchés de créer de la richesse au fil du temps, particulièrement au cours des dernières décennies. Cette progression, nous la devons à une vision commune, partagée autour d’un objectif qualitatif. A partir de là, nous avons une manière très cartésienne de répondre aux attentes sociétales et environnementales. Continuons de nous poser les bonnes questions, très franchement, sans tabous. Ainsi, nous pourrons innover et dessiner la Champagne de demain voire celle d’après-demain », insiste Jean-Marie Barillère.

– « Une des forces de la Champagne réside aussi dans sa capacité à se prendre en main pour avancer, à résoudre des problématiques précises sans attendre que la solution vienne d’un cabinet ministériel. L’exemple de la mise en place de la réserve individuelle, dite aussi réserve qualitative, est un bon exemple de réflexion-action mise en œuvre dans un passé assez récent, qui fait ses preuves et inspire d’autres vignobles. En travaillant toujours intelligemment, on doit pouvoir continuer à faire référence et à être suivi par d’autres, ce qui plutôt bon signe. Aujourd’hui, avec la même volonté de débattre, d’intégrer tous les ressentis, tous les avis pour tendre vers une solution partagée, nous ouvrons le dossier des vignes semi larges. La preuve que nous sommes en mouvement, pas figés dans nos schémas, dans nos certitudes », remarque Maxime Toubart.

Le rôle-clé du Comité Champagne

– « Le dialogue est poussé à son extrême entre les deux familles au sein du CIVC qui réalise un suivi économique très précis, fiable, indispensable pour prendre les meilleures décisions collectives. C’est très certainement le service qui va le plus loin en termes d’analyse des marchés et qui permet à la filière de se projeter en évitant de se tromper », selon Maxime Toubart.

-Pour Jean-Marie Barillère c’est aussi le lieu d’un « partage technique » où « une soixantaine de professionnels planchent sur des domaines très différents, de la protection juridique de l’appellation aux évolutions environnementales, etc., toujours dans une optique de satisfaction client. Loin de toute bagarre politique ou syndicale. Il y a ici un sens développé du bien commun. »

Propos recueillis par Philippe Schilde

Un dialogue permanent et utile avec les institutions

©DR

Ministres, élus nationaux et régionaux… Toutes les occasions de rencontres avec les décideurs sont bonnes pour partager la vision des acteurs de la filière et les inciter à découvrir la réalité champenoise sur le terrain. In vivo, in vino !

Il y a peu, Maxime Toubart a écrit au ministre de l’Agriculture, invitant Julien Denormandie à effectuer une visite en Champagne afin de prendre la pleine mesure d’une appellation qui a certes des revendications et n’hésite pas à les faire remonter, mais qui se place avant tout dans le dialogue avec les institutions. La crise Covid et la manière dont elle a été gérée en Champagne – peu coûteuse à l’Etat, comparé aux aides apportées à d’autres régions (lire ci-après) – pourrait, notamment, être un sujet abordé lors de cette rencontre avec les professionnels champenois. Ils sont toujours unis lorsqu’il faut faire passer des messages importants.

« Ce déplacement pourrait être l’occasion, au-delà de la présentation de notre filière et de son modèle original d’organisation, de mettre le projecteur sur d’autres thématiques qui nous sont chères : environnement, protection de l’appellation, régulation… », indique Maxime Toubart dans cette missive, faisant suite à une rencontre fin janvier à Châlons-en-Champagne où Julien Denormandie a formulé son désir de pouvoir venir.

Les sujets d’actualité qui impactent la filière sont en permanence évoqués par les responsables de l’interprofession champenoise avec les autorités et les parlementaires du territoire, mais aussi nationaux et européens. Ont dernièrement été portés à leur connaissance les risques de dérives induits par des propositions contenues dans le plan de lutte contre le cancer, dans le cadre du plan climat ou dans l’absence de reconnaissance d’équivalence entre les différentes certifications environnementales, notamment VDC et HVE. Entre autres. Un exemple de ce travail de fond a été donné avec la rencontre effectuée entre des professionnels champenois et un nouvel élu au Parlement.

La Champagne peu coûteuse à la collectivité

« Notre objectif, avec Maxime Toubart, n’est pas d’aller chercher des subventions. Ce n’est pas dans notre nature. C’est un fait que nous ne coûtons pas très cher à l’Etat, y compris en un temps de crise quand il faut au gouvernement déployer des aides importantes pour soutenir les vignobles en difficulté », annonce Jean-Marie Barillère. Certes, comme cela leur était possible, certains opérateurs ont fait appel au PGE (prêt garanti par l’Etat) pour assurer leur trésorerie et des exonérations de charges sociales ont été obtenues pour donner de l’air à certains exploitants. Mais la Champagne n’a eu recours ni aux aides massives à la distillation de crise ni au stockage privé. L’autorégulation des rendements permet d’éviter d’avoir à détruire une partie de la production…

Voici les chiffres fournis par Efow et qui dressent un tableau des aides octroyées en France et dans d’autres pays européens par les Etats et par l’Europe.

Le sénateur Pierre-Jean Verzelen réceptif

Entré au Sénat lors du renouvellement de septembre dernier, Pierre-Jean Verzelen est membre de la commission aménagement du territoire et du développement durable et vice-président de la délégation aux collectivités territoriales et de la décentralisation. Mi-février, il est venu à la rencontre des administrateurs du SGV à l’antenne de Château-Thierry où ont pu être abordés les actualités de la filière Champagne et les dossiers portés par le Syndicat.

Accompagné de sa collaboratrice, Aurore Defoix, le sénateur de l’Aisne Pierre-Jean Verzelen a été accueilli dans les locaux axonnais du SGV par Daniel Fallet, vice-président, Murièle Marchand et Sébastien Simon, administrateurs.

Après une présentation du fonctionnement de la filière viticole champenoise, la conjoncture économique de l’année 2020 a été évoquée, l’accent étant mis sur l’originalité de la Champagne qui régule son appellation pour couvrir les expéditions sans accroître le stock. Une bonne manière de ne pas avoir à recourir à l’aide à la distillation. La politique de régulation du rendement correspond aux volumes expédiés.

À la demande de leur visiteur, les administrateurs ont évoqué les progrès de la Champagne accomplis sur le plan environnemental. Ils ont présenté les avancées réalisées par la filière : réduction de l’empreinte carbone, accroissement des exploitations certifiées, intérêt d’une économie circulaire où rien ne se perd et où tous les acteurs fonctionnent en synergie.

Le sénateur Verzelen a souhaité également aborder la charte riverains dont il était signataire lorsqu’il présidait l’Association des maires de l’Aisne. Il lui a alors été précisé qu’une plaquette pédagogique à destination des riverains était en cours de finalisation.

C’était également l’occasion d’évoquer avec lui les actualités législatives toutes récentes pour lesquelles le SGV est à l’action, comme le plan décennal cancer, le projet de la loi climat – le Syndicat, sur ce point, s’oppose à la généralisation des consignes pour les emballages en verre – ou encore sur le volet du foncier agri-viti, la lutte contre l’artificialisation des sols et les friches.

Enfin, a été remis à M. Verzelen le courrier récemment adressé au Premier ministre, aux ministres de l’Agriculture, de l’Economie, aux Comptes Publics et à la Secrétaire d’Etat à la biodiversité, concernant la demande du SGV de reconnaissance d’équivalence entre les certifications environnementales, plus particulièrement Viticulture Durable en Champagne et HVE niveau 3. Le sénateur a confirmé son soutien à cette demande par la rédaction d’une question écrite qu’il posera au gouvernement.

M. Verzelen s’est montré réceptif quant aux différents sujets abordés et a rassuré les administrateurs sur le suivi des dossiers. Pour sa part, le SGV continuera de le solliciter afin de poursuivre ce travail de sensibilisation aux intérêts du vignoble champenois. La rencontre s’est terminée par une visite de l’exploitation du Champagne Simon-Legrand à Nesles-la-Mon- tagne.

Julie Mauvais, SGV