Coopérative de Bethon

Le Brun de Neuville, plus vigneron que jamais, toujours aussi noble d’esprit et conquérant

Le Brun de Neuville, plus vigneron que jamais, toujours aussi noble d’esprit et conquérant

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Nouveau centre de pressurage : un investissement différé mais nécessaire

En mars 2020, le permis de construire était prêt à être déposé, mais le confinement imposé par le Coronavirus alors galopant est survenu et il a été jugé préférable, prudent, par les dirigeants de la coop, de temporiser un peu. Le nouveau centre de pressurage de Bethon, dont la conception a été confiée à l’architecte Giovanni Pace, verra le jour on ne sait pas encore trop quand. Pour autant, il sera nécessaire à l’évolution de la structure et se fera. « C’est un investissement lourd, chiffré à 4,5 M€ HT qui doit permettre d’intégrer des pressoirs de plus petite capacité que ceux dont nous disposons actuellement, avec une cuverie de débourbage rattachée à chacun de ces nouveaux pressoirs. Notre volonté est d’écraser les raisins provenant des différents secteurs et coteaux (du Sézannais à Villenauxe-la-Grande en passant par Bethon) en isolant toujours plus de lots, en travaillant plus finement », expose Damien Champy.

Avec les membres du CA de Le Brun de Neuville, il guette maintenant la bonne fenêtre de tir pour lancer l’opération. « Il nous faut tenir compte de l’impact économique de la pandémie Covid et pouvoir faire sortir de terre le nouvel outil sur l’emplacement même de l’ancien (datant de 1963) entre deux vendanges », complète-t-il, confiant dans la réussite de cette opération chirurgicale, vitale pour l’avenir d’une coopérative conquérante. A l’origine, Bethon était une coopérative de pressurage qui réunissait une trentaine d’adhérents. Ils sont désormais plus de 200 qui représentent un total de 157 ha de vignes.

Damien Champy : engagement total

© Ph.Schilde

D’allure plutôt décontractée, Damien Champy, président de la coopérative de Bethon depuis 2008, a toujours les yeux rieurs et semble imperturbable. A cinquante ans tout rond, il vient pourtant de vivre une année 2020 mouvementée, plus complexe que toutes celles vécues auparavant dans ses différentes responsabilités, notamment syndicales. « C’est une année qui oblige à cogiter », confie-t-il, en appelant à se méfier de « ceux qui n’ont que des certitudes ». Le doute, cher à Descartes, est ancré en lui, mais il n’est pas pour autant un frein à son action. Après avoir été élu président de section locale du SGV en 1997, puis avoir pris des galons d’administrateur en 2011, il est devenu secrétaire général du Syndicat au cours d’une année cataclysmique sur les plans sanitaire et économique. Cela lui aura évité de tomber dans la routine du quotidien… « Dans une année comme celle que nous venons de traverser, j’ai vécu très intensément ma nouvelle fonction. L’engagement est total. C’est chronophage, mais c’est moteur car le combat à livrer se fait au jour le jour, sans relâche. » Les négociations autour des mesures de vendange prises l’été dernier auront été un des épisodes marquants de 2020 dont il se souviendra forcément. Ces moments, disons « extra-ordinaires », forgent le caractère.

Viticulture durable : un cap vert fixé, des moyens pour l’atteindre

© Ph.Schilde

Lors d’une visite dans les brumes hivernales du Sézannais, aux antipodes de la capitale régionale, Strasbourg, le président de la Région Grand Est, Jean Rottner, a prêté une oreille particulièrement attentive aux démarches environnementales engagées et expliquées par les dirigeants de la coopérative de Bethon. La Région apporte son soutien à la filière pour aller plus loin et faire mieux dans la voie de la viticulture durable, notamment.

Après lui avoir fait découvrir des installations de cuverie (d’une capacité totale de 240 000 hl) et l’espace réservé aux fûts de vieillissement sous bois, Damien Champy a expliqué à Jean Rottner, que le cap est fixé depuis plusieurs années déjà. « Depuis 2008, à la vendange, nous séparons les raisins par cépages, par communes mais aussi par pratiques culturales. Les apports provenant des parcelles enherbées et zéro herbicide sont primés. C’est une manière d’amplifier le mouvement vers le verdissement. » Il lui a précisé que la coop de Bethon s’inscrivait pleinement dans la « dynamique enclenchée en Champagne poussant les viticulteurs à aller vers les certifications environnementales, gages de bonnes pratiques. Nous aidons les vignerons adhérents à la coop pour qu’ils évoluent en ce sens », a-t-il plaidé devant un élu convaincu.

Ph.S.

Fait maison, de A à Z : de nouvelles gammes qui ont du sens

Certes, Le Brun de Neuville doit son nom à un seigneur ayant possédé un château à Bethon. Ses descendants sont d’ailleurs toujours adhérents de la coopérative. Mais il n’était pas question d’aller puiser dans les symboles de la chevalerie lors de la refonte des gammes de cuvées. Celle-ci a été réalisée de A à Z en interne par la force commerciale et marketing (France et export) composée de Justine Petit-Boxler et Agathe Bellanger, lesquelles, pour l’occasion, étaient renforcées par une stagiaire. Durant le confinement, le trio inspiré a fait tourner neurones et logiciels avant de soumettre de jolis et audacieux projets aux élus, vite séduits.

Ni blason, ni armoiries sur les flacons donc, c’est le terroir dans toutes ses dimensions qui prime et s’exprime sur des étiquettes soignées, que l’on ne peut s’empêcher de scruter tant elles sont des invitations à s’évader dans les paysages du Sézannais. Les sens et la curiosité sont mis en éveil avant de libérer les bulles, pour d’autres évasions.

Justine et Agathe décryptent ces gammes très abouties : « Avec la gamme Côte, c’est l’empreinte du terroir que nous avons voulu faire ressortir. Elle se décline en cinq cuvées représentatives de la Côte de Sézanne par l’assemblage de tous ses crus. Avec la gamme Les chemins, place à l’empreinte de l’homme. Nous sommes dans l’approche parcellaire, dans le respect du vivant. Elaborées en cuves, en foudres et en barriques, avec des levures indigènes et sélectionnées, tirées sous liège et dégorgées à la main, ces trois cuvées sont une ode au savoir-faire vigneron. Avec Autolyse, on entre cette fois dans une dimension temporelle. À l’issue de la prise de mousse et lors du vieillissement en bouteille, les levures meurent progressivement. Dans le vocabulaire vinicole, on dit qu’elles s’autolysent. Ce faisant, elles libèrent des micro-organismes qui vont interagir avec le vin et lui apporter gras et complexité… Avec nos pinceaux, nous avons joué sur les dégradés de couleurs pour symboliser cette évolution s’opérant au fil d’une dizaine d’années d’élevage en cave. Enfin, avec Millésime, la nature trouve sa plénitude. Nous sommes dans l’expression de la Côte de Sézanne sur une année unique. Il s’agit de cuvées à large majorité de chardonnay, complétées par quelques gouttes de pinot noir et, là encore, vieillies en cave durant l’espace d’une décennie. »

Le rendu visuel de la démarche est important, mais Justine et Agathe insistent sur volet RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) qui les a conduites à intégrer la notion d’analyse de cycle de vie des matériaux utilisés. « Pour le papier, nous avons recouru le plus possible à du recyclé ou issu de forêts gérées durablement. Nous avons pensé au bilan carbone et banni les techniques trop gourmandes, comme l’or à chaud. Enfin, à la demande du conseil d’administration, nous avons veillé, pour la fourniture en étiquettes, collerettes, coiffes, étuis carton, etc. à nous approvisionner localement, dans la Marne. » Pour elles, pas le temps de sombrer dans la passivité, le temps de crise a été mis à profit pour repartir de l’avant avec un enthousiasme à toute épreuve.