Après l’expérimentation

Vignes semi-larges en Champagne : le débat est ouvert

Vignes semi-larges en Champagne : le débat est ouvert

© Photos Comité Champagne

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Ce qu’il faut retenir de la phase d’expérimentation

  1. Une évolution sans remise en cause de l’identité champenoise. Les VSL permettent de réduire significativement les principaux impacts environnementaux liés à la culture de la vigne. Elles facilitent l’atteinte d’objectifs importants de la filière tels que les cibles « zéro herbicide », « – 50 % de pesticides » et « – 25 % d’émissions de carbone » en 2025.
  2. Leur intérêt en tant que levier d’adaptation au changement climatique est moins évident. Au chapitre des points positifs, citons une moindre sensibilité aux gelées de printemps (dont le risque est paradoxalement orienté à la hausse depuis quelques décennies, en raison d’un débourrement plus précoce de la vigne) et une acidité un peu plus soutenue des raisins (acidité malique légèrement supérieure et pH des moûts légèrement inférieur). Les VSL présentent un comportement assez proche des vignes traditionnelles de référence (REF) en matière de réponse à la contrainte hydrique avec, toutefois, un taux supérieur d’enherbement du sol. Au chapitre des inconvénients, nous avons noté une vulnérabilité accrue aux épisodes de grêle et à l’échaudage en raison d’une plus grande exposition des grappes.

  3. D’un point de vue économique, les VSL ont produit, sur la période d’étude, un rendement moyen équivalent à celui du cahier des charges de l’appellation Champagne, à savoir 12 400 kg/ha, inférieur en moyenne de 18 % à celui des REF, mais avec un taux d’enherbement supérieur comme évoqué précédemment. Les VSL permettent une réduction de l’ordre de 20 % des coûts de production lors de l’exploitation courante du vignoble et allant de – 25 % à – 50 % à l’étape de sa constitution (arrachage/replantation ou transformation).
  4. Après 250 dégustations réalisées « à l’aveugle » par un panel qualifié et entraîné, la qualité des vins issus des VSL n’apparaît pas profondément modifiée. Dans près de 2/3 des cas, aucune différence significative n’est en effet décelée. Quand leurs vins sont considérés différents (37 % des séances), les profils aromatiques sont jugés proches et aucune préférence n’apparaît entre les cuvées issues des VSL et celles provenant des REF.

  5. L’étude ergonomique préliminaire réalisée en 2019 en partenariat avec la MSA sur le confort au travail est à ce stade insuffisamment étoffée pour conclure sur les éventuels avantages ou inconvénients des VSL. Les caractéristiques des VSL pourraient favoriser les facteurs limitant l’apparition des troubles musculosquelettiques (TMS) : posture de travail plus dynamique, mouvements plus amples, meilleure préservation des articulations, diversité des postures de travail en cas de coexistence des VSL et des REF. L’apparition de nouveaux risques n’est pas exclue.

  6. Enfin, l’analyse paysagère entreprise également en 2019 par un cabinet d’études spécialisé apporte un regard complémentaire et original à l’ensemble de ce programme. Les impacts des VSL sont évalués majoritairement neutres ou positifs, avec un bilan global qui penche plutôt vers la plus-value paysagère. Le triptyque caractéristique de notre vignoble, plateau/coteau/plaine n’est pas fondamentalement modifié. L’implantation des VSL ne serait donc pas de nature à remettre en cause la Valeur Universelle Exceptionnelle (VUE) accordée à notre bien pour son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco, bien classé comme paysage culturel vivant, donc en perpétuelle évolution.

    Sources : Direction qualité et développement Comité Champagne

Premières conclusions

Une des parcelles expérimentales conduite en Vigne Semi-Large (à gauche) et sa parcelle de référence traditionnelle (à droite). © Comité Champagne

En définitive, cette longue période d’études aura permis d’apporter des éléments de réponse aux questions initialement posées.

Si les vignes semi-larges ne représentent pas un levier majeur d’adaptation au changement climatique mais plutôt un élément parmi d’autres de la « boîte à outils », elles constituent en revanche une vraie opportunité pour réduire très significativement l’empreinte écologique de notre filière.

La production des VSL est inférieure en volume à celle des vignes traditionnelles témoins, conséquence à la fois d’une densité de plantation inférieure et d’un taux plus élevé d’enherbement du sol. Toutefois, les VSL permettent une compression sensible des coûts de production et des moyens techniques existent pour obtenir des rendements conformes à la durabilité économique des exploitations. L’autorisation éventuelle des VSL dans notre vignoble se traduirait par une période probablement longue (voire illimitée ?) de cohabitation des différents modes de conduite, pouvant a contrario générer des surcoûts liés à la nécessaire mixité du matériel (tracteurs et équipements). Cette évolution pourrait rendre nécessaire, ou favoriser, l’émergence de nouvelles formes d’organisation et de mutualisation du travail.

Enfin, la coexistence des vignes traditionnelles et des vignes semi-larges serait susceptible d’améliorer le confort au travail en diversifiant les postures et d’augmenter la variété des paysages, sans forcément remettre en cause l’identité du vignoble champenois.

Remerciements

Nous tenons à adresser nos plus vifs remerciements aux vignerons et maisons qui ont mis leurs parcelles à disposition et plus largement participé activement à l’accomplissement de ce lourd programme expérimental.

Les membres du groupe de travail : Alain Demets ; Rémy Legras ; Vincent Legras ; Bernard Lonclas ; Séverine et Fabien Mathieu ; Jean-Louis Normand ; Moët et Chandon ; Mumm ; Roederer ; INAO ; SGV ; UMC ; Comité Champagne.

Vincent Legras, administrateur SGV et expérimentateur VSL

« Les vignes semi-larges : un outil supplémentaire
pour répondre à certaines problématiques »

Vincent Legras, administrateur du SGV et vigneron à Chouilly (Champagne Pierre Legras) fait partie du panel des expérimentateurs vignes semi-larges (VSL) en Champagne. Il partage une expérience menée conjointement avec son cousin Rémi Legras (Champagne Legras & Haas) en surplomb du village, à la limite du finage de Cuis.

Comment êtes vous entré dans cette expérimentation et pourquoi ?

Vincent Legras : « Le débat sur les vignes semi-larges doit être constructif. » © Philippe Schilde

Un des mes cousins, Rémi, était déjà entré dans la réflexion VSL. Dans la mesure où nous avions des vignes voisines au lieu-dit Saint-Chamand, il m’a proposé de nous inscrire ensemble dans l’expérimentation. Ce qui avait pour avantage de pouvoir diversifier les modes de conduite sur deux fois 35 ares. Soit 70 ares au total, lesquels comprennent une vigne témoin plantée de manière traditionnelle afin de pouvoir établir des comparaisons. Je n’avais aucun a priori technique quand je me suis lancé, mais j’avais toutefois – il ne faut pas le cacher – une petite crainte quant aux risques de baisse de prix de la matière première liée à une baisse des coûts sur le long terme. Cependant, cela ne m’a pas empêché de participer à cette aventure car la Champagne ne peut pas rester figée. Confrontée à de nouveaux enjeux, elle doit être en capacité d’évoluer. Et cela passe par de telles expérimentations.

Pouvez-vous nous parler de ces vignes, de leurs caractéristiques et nous dire votre ressenti après quelques années de pratique sur cette parcelle expérimentale ?

Les modalités pouvaient être un peu différentes selon les choix opérés par les vignerons et les maisons impliqués dans l’opération. Lors de la plantation, nous avons opté pour un écartement de deux mètres entre les rangs et pour un entre-plant de 1,20 m. L’idée était de ne pas avoir trop peu de plants et de bourgeons à l’hectare. J’ai pratiqué une taille en Guyot double arqué et également en Cordon, de manière à diversifier les essais. Avec le recul, je pense que le Guyot est plus judicieux que le Cordon permanent car les raisins sont moins entassés. Mieux vaut qu’ils soient un peu plus aérés. Nous avons la chance sur Saint-Chamand d’être situé sur un haut de coteau assez venteux avec peu de soucis quant à l’état sanitaire en général. C’est une zone habituellement un peu tardive, de fin de vendange. L’intérêt de l’expérimentation était justement d’avoir des situations et localisations sur des contrées différentes de l’appellation, menées par des opérateurs différents, vignerons, maisons et vignobles expérimentaux du CIVC.

Concernant le matériel utilisé, comment étiez-vous équipé ? Les opérations étaient-elles faciles à réaliser ?

Nous n’avions pas les outils dont dispose le site de Plumecoq et nous avons dû trouver des solutions, avec notamment le quad de mon cousin tractant une remorque pour réaliser certains traitements. Mais, avec de telles vignes semi-larges, il s’avère qu’on démarre un peu plus tard les traitements et qu’on les arrête un peu plus tôt. Donc, on passe moins souvent et la question du matériel n’aura pas été trop problématique. Si nous entrions dans une phase d’expérimentation avec davantage de surfaces concernées, il serait alors nécessaire d’avoir les tracteurs ad hoc. Pour le rognage, par exemple, le tracteur interligne avec rogneuse est certainement plus efficace que la cisaille à bout de bras… Pour le travail du sol, idem, il faut quelque chose de plus puissant qu’un simple tracteur-tondeuse. En ce qui concerne la réalisation de la taille, pas de problème, c’est assez confortable. La vendange, sans effeuillage, a plutôt bien fonctionné. Le rendement de cueillette a été bon.

Le raisin récolté est-il beau ? Les vins sont-ils bons ?

Oui, nous récoltons de belles grappes. Nous n’utilisons pas d’insecticide, Chouilly pratiquant quasi totalement la confusion sexuelle depuis pas mal de temps déjà. Sur mon exploitation, nous sommes en viticulture conventionnelle dite raisonnée avec zéro anti-botrytis et nous n’avons jamais rencontré de problème, y compris les années les plus humides. Sans doute en lien avec le changement climatique, nous observons une maturité plus avancée et une acidité plus importante. Par rapport aux rangs témoins classiques, l’acidité est un peu plus élevée. Pour ce qui est de la vinification, je ne suis jamais allé jusqu’à la bouteille, les services du CIVC se chargeant de cela, mais ce que j’ai pu goûter en cuve était aussi agréable sur les lots issus de VSL que sur des témoins. Attention, cela reste mon ressenti personnel, ce n’est pas un avis scientifique, il faut le préciser. C’est le panel de dégustation du CIVC qui fait référence en matière d’analyse sensorielle. Globalement, dans ce domaine de l’impact sur le vin, il ne semble pas qu’il y ait de différence suffisante pour dire que l’on prend une décision dans un sens ou dans un autre. Nous aurions été plus embêtés si la différence avait été nettement plus marquée. C’est intéressant, les deux voies sont plus proches qualitativement que ce nous aurions pu imaginer au démarrage du processus.

Passé le temps d’une longue phase d’expérimentation, quelle va être la suite des opérations ? Qu’espérez-vous ?

Bien d’autres paramètres sont en jeu avec les VSL, en particulier dans les domaines environnemental et sociétal, facteurs de nouvelles exigences, on le sait. Il faut maintenant que les gens de la profession s’informent largement et donnent leur avis. Qu’ils n’hésitent pas à s’exprimer, surtout ! Le débat doit être constructif, il n’y a pas lieu qu’il soit polémique. Personnellement, ayant pu juger sur pièces, je vois un intérêt à faire évoluer les choses vers les vignes semi-larges, notamment dans la gestion plus aisée des vignes. Des pressions de maladie qui semblent être plus faibles et, au final, une acidité un peu plus importante, sont d’autres éléments à prendre en considération. Concernant la modification engendrée sur le paysage, je peux vous assurer que je me sens aussi bien dans la mer vigne qui m’entoure au quotidien, que les rangs soient serrés ou plus larges. Il faut, je le pense, considérer les VSL comme un outil supplémentaire nous permettant de répondre à certaines problématiques. Les deux systèmes peuvent être amenés à cohabiter.

Philippe Schilde

Rendu des conclusions techniques au SGV

Le conseil d’administration aura à se positionner
au mois de juillet 2021

L’expérimentation « Mode de conduite et enherbement – vignes semi-larges » était lancée en 2006 à la demande des professionnels, afin de proposer un outil supplémentaire au service des vignerons. Après 15 années de travaux, le Comité Champagne a rendu ses conclusions au SGV, ODG Champagne, en janvier 2021. C’est désormais l’heure des explications et des échanges.

Quelques précisions sur le cadre de l’expérimentation

Initiée en 2006, l’expérimentation « Mode de conduite et enherbement » a été menée sous l’égide de l’INAO avec une mise en œuvre du protocole expérimental coordonnée par le Pôle Technique du Comité Champagne. Cette expérimentation a fait l’objet d’un suivi régulier de la part du SGV et d’une attention particulière pour ce nouveau dispositif de conduite.

Ces travaux visaient à tester de nouveaux modes de conduite pour la vigne champenoise, ne correspondant pas aux exigences actuelles du cahier des charges de l’appellation. L’objectif à l’époque était d’accompagner l’indispensable transition agroécologique du vignoble et de contribuer à son adaptation au changement climatique, tout en préservant la qualité et la typicité des vins de Champagne ainsi que la durabilité économique des exploitations.

Ainsi, des exploitants et des maisons ont pris part à l’expérimentation en conduisant leurs parcelles selon différentes modalités de modes de conduite définies par l’expérimentation en conditions réelles (17 au total).

Depuis quinze ans, une quantité importante de données a été collectée et un rapport technique réalisé fin 2020.

Après 15 années de suivi, le Comité Champagne a rendu son rapport technique final en janvier 2021 au SGV, ODG Champagne, détaillant l’ensemble des conclusions techniques de ce mode de conduite.

Procédure d’examen du dossier par le SGV

Le SGV, en tant qu’ODG Champagne, procède désormais à l’examen du dossier, soit :

  • L’étude des conclusions techniques de ce mode de conduite.

  • L’évaluation de l’intérêt de ce mode de conduite pour l’appellation Champagne et l’opportunité de son intégration au cahier des charges.

La décision d’intégration de ce mode de conduite dans le cahier des charges sera portée par le conseil d’administration du SGV, qui se positionnera en juillet 2021, après les réunions sur le terrain avec l’ensemble des adhérents.

Deux scénarios sont possibles :

  • Vote favorable de l’intégration de ce mode de conduite dans le cahier des charges : après élaboration des critères à insérer dans le cahier des charges, la procédure de modification serait enclenchée selon la procédure de l’INAO.

A l’issue de cette procédure, les deux modes de conduite (vignes étroites et vignes semi-larges) pourront cohabiter, les VSL n’étant qu’un outil supplémentaire au service des vignerons pour faire évoluer la manière de travailler son vignoble mais en aucun cas une obligation. Au plus tôt, les premières plantations pourraient avoir lieu en 2023.

  • Vote défavorable : le dossier VSL serait clôturé, par conséquent l’écartement entre les rangs et la densité de plantation resteront celles du cahier des charges actuel. En revanche, d’autres réflexions pourraient être menées sur le mode de conduite actuel (système de taille, enherbement, etc.).

Diffusion et partage des conclusions sur l’expérimentation VSL

Avant de se positionner, il est essentiel de diffuser et partager l’ensemble des conclusions techniques et d’échanger avec l’ensemble des adhérents, notamment lors de réunions sur le terrain. Les enjeux sociétaux et d’économie de la filière devront être débattus, conjointement aux questions techniques et environnementales des VSL. Seront ainsi programmées :

  • 11 réunions réparties sur l’AOC Champagne,

  • en mai 2021,

  • destinées à l’ensemble des adhérents du SGV.

Ces réunions seront construites en deux temps : un temps en salle pour la restitution de l’étude technique et un temps dans une parcelle ayant fait l’objet d’un suivi dans le cadre de l’expérimentation. Chaque adhérent recevra une invitation pour la réunion qui aura lieu dans le secteur de son lieu de déclaration de récolte.

Afin de mieux appréhender les résultats de l’expérimentation, d’autres outils seront mis à disposition sur les sites extranet du SGV et du Comité Champagne, tels qu’une synthèse des résultats de l’expérimentation, une foire aux questions ou encore des vidéos de vignerons et du Comité Champagne.

Barbara Le Guillou, SGV

Le rôle de l’ODG

Le SGV, reconnu Organisme de Défense de Gestion de l’appellation Champagne, couvre de nombreuses missions allant de la définition des règles de production (cahier des charges AOC) à la valorisation du produit en passant par le contrôle. Les missions de l’ODG sont : la définition des règles de l’AOC ; l’identification des opérateurs champenois et la connaissance de la filière ; la protection, la défense et la valorisation de l’AOC (terroir, nom de l’appellation) ; le contrôle du respect des règles de l’appellation. L’ODG est l’interlocuteur de l’INAO, organisme de tutelle national, pour tout ce qui a trait à l’AOC.

Un dépliant « Tout savoir sur… »
et des témoignages vidéo

Pour présenter le dossier au plus grand nombre et camper le débat, le SGV vient de réaliser un dépliant très pédagogique sur le sujet. Par ailleurs, il a réalisé des vidéos qui donnent la parole à deux vignerons ayant contribué à l’expérimentation (Rémi Legras à Chouilly et Jean-Louis Normand, accompagné de son fils Simon, à Bar-sur-Seine). On y retrouve également une interview d’Arnaud Descôtes, du Comité Champagne, sur le volet technique et le point de vue de David Gaudinat, sous l’angle ODG et politique. Ces documents seront présentés lors des prochains webinaires proposés par le Syndicat et lors des réunions devant être organisées en direction des adhérents.

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