Pressoria

Entrez dans une autre dimension du champagne

Entrez dans une autre dimension du champagne

Pressoria

C’est une véritable plongée au cœur du champagne, un voyage poétique et immersif de la terre à la bulle, que nous propose Pressoria, le Centre d’Interprétation sensorielle des vins de Champagne à Aÿ. Technologie numérique et pédagogie ludique se conjuguent subtilement pour imprégner chacun de nos sens de la magie du roi des vins en son royaume viticole.
La Champagne Viticole a pu déambuler dans cet écrin au service de l’ensemble de l’AOC et vous en livre quelques secrets en images avant l’ouverture prévue le 2 juillet. Suivez le guide !

Après 18 mois de travaux retardés et compliqués par la crise sanitaire, Pressoria va enfin pouvoir accueillir ses premiers visiteurs au début de l’été. Posé au pied des coteaux bien pentus d’Aÿ, le Centre d’interprétation a pris ses quartiers dans les anciens pressoirs de la maison Pommery qui sont restés en activité de 1902 à 2002. Réhabilité par le cabinet d’architectes Philiéas, le site de 2 500 m² se compose d’une dizaine de salles thématiques invitant à la fois à des expériences visuelles, olfactives et sonores, scénographiées par l’agence Casson Mann, conceptrice notamment de La Cité du Vin à Bordeaux. Conçu pour un public familial, Pressoria invite à découvrir en s’amusant toute l’âme du champagne depuis ses origines géologiques jusqu’aux étapes de son élaboration.

Une porte d’entrée de la Champagne

« Pressoria n’est pas un musée dans le sens où nous ne possédons ni n’exposons quasi aucun objet, explique Victor Canchon, le directeur du Centre. Nous proposons une immersion étonnante dans l’univers du champagne par les cinq sens. Ici petits et grands découvrent à leur rythme, le terroir unique de la Champagne, son climat, la pousse de la vigne, le travail des hommes et le processus de création du vin, expliqués par des procédés technologiques et sensoriels. L’ambition de Pressoria est d’être une porte d’entrée de la Champagne, en donnant au public l’envie de prolonger leur séjour et d’aller à la découverte des multiples paysages de l’AOC, de son patrimoine et de ses acteurs. »
À l’issue d’environ une heure et demie de visite, le public est invité à déguster quelques bulles dans une salle avec terrasse donnant sur un superbe paysage de vignes. Au programme gustatif : chaque mois, deux nouveaux champagnes proposés dans le billet d’entrée, représentatifs des quatre régions de l’Appellation, des sept cépages de Champagne et des élaborateurs, Maisons, Coopératives et Vignerons.
Pressoria, qui espère près de 50 000 visiteurs par an, est porté par la Communauté de communes de la Grande Vallée de la Marne (CCGVM) qui avait acquis le bâtiment il y a 10 ans. Le projet a mobilisé quelque 10,5 millions d’euros avec l’aide de l’État, de la région, du département et de mécènes via la Fondation du patrimoine.
Le site comprend également des espaces de restauration et une annexe du bâtiment principal accueillera des expositions temporaires, des dégustations pédagogiques ou encore des formations œnologiques et culinaires en collaboration avec la Villa Bissinger.

Dans la première salle thématique, un bloc de craie de 6 tonnes baignant dans un puit de lumière accueille le visiteur. Une ambiance sonore évoquant le cœur du sous-sol invite à poser la main sur la pierre pour ressentir toute la puissance de cette craie nourricière du roi des vins.

Les turbulences du climat. Où l’on découvre grâce à une animation vidéo la complexité du climat champenois, région viticole la plus septentrionale de France, en proie aux affrontements entre les influences du continent européen et de l’océan Atlantique.

 

Plongez dans le sous-sol champenois à la découverte du système racinaire qui va puiser au plus profond les nutriments indispensables à la vie des ceps, des feuilles et des raisins. Dans une ambiance olfactive de terre humide, une racine se déploie au sol et vient vous attraper les pieds…

 

Le jardin des cépages nous montre comment l’homme apprivoise cette liane indocile et fragile. Nous suivons l’évolution d’un pied de vigne mois après mois avec les travaux des viticulteurs pour l‘accompagner jusqu’à la vendange.

 

Dans cette section, deux pressoirs sur les cinq utilisés à l’origine par la maison Pommery ont été conservés. Un mur de caisses de vendange intègre des écrans qui expliquent le travail pendant la récolte. Projeté sur les murs et les tables, un film détaille toutes les étapes du pressurage dans des odeurs de jus de raisins écrasés. Un autre média présente les trois grands types de pressoirs champenois.

 

Point d’orgue du parcours : une salle à 360° nous plonge dans une fantasmagorie de l’effervescence inspirée des travaux du physicien Gérard Liger-Belair, spécialiste de la mécanique des bulles à l’Université de Reims et mis en animation interactive par l’atelier de création multimédia Drôle de trame.

Une réhabilitation entre tradition et modernité

Construit en 1902 dans le plus pur style Pommery, le centre de pressurage qui contenait cinq pressoirs a fonctionné pendant plus d’un siècle pour la maison de Champagne avant d’être fermé pendant dix ans et finalement racheté en 2012 par la Communauté de communes de la Grande Vallée de la Marne (CCGVM). « Avec son fameux bleu Pommery et sa brique, le bâtiment avait une patine très intéressante dégageant beaucoup de poésie, explique Anne-Charlotte Zanassi, architecte associée de l’Atelier Philéas chargé des travaux de réhabilitation et d’aménagement. Son emplacement est véritablement exceptionnel et nous avons conçu certaine extension comme la terrasse ou le restaurant pour valoriser ce panorama incroyable de vignes. »
Le bâtiment, qui bénéficie des dernières avancées en matière d’isolation thermique, semble presque dans son jus, fidèle à ses codes couleur de l’époque. « Le cahier des charges du concours demandait la construction d’extensions, notamment sur le toit. Mais pour respecter ce patrimoine, nous avons opté pour la discrétion avec des micro-architectures très contemporaines », précise l’architecte.

À voir, à boire et à manger

C’est Alexandre Fortuné, disciple du chef étoilé Arnaud Lallement, qui est aux fourneaux pour prolonger l’expérience sensorielle. Trois espaces sont aménagés à l’arrière du bâtiment avec une vue imprenable sur les coteaux : bar à champagnes, restaurant gastronomique et aussi une carte plus bistronomique, « une cuisine de copain » avec des accords mets-champagnes savoureux. Un food-truck doit également prendre ses quartiers sur le parvis de Pressoria pour une cuisine sur le pouce.

DOMINIQUE LÉVÊQUE, MAIRE D’AŸ ET PRÉSIDENT DE PRESSORIA

« Il manquait cet équipement en Champagne pour étoffer l’offre touristique »

Comment est née l’idée de ce centre d’interprétation du champagne ?
À la fin des années 90 lors d’un voyage en Irlande, j’ai pu visiter des centres d’interprétation portant sur l’histoire de la ville de Dublin ou de Waterford. J’ai été très intéressé par cette notion d’interprétation qui permettait avec les technologies de l’époque de plonger le visiteur dans un univers alors qu’il n’y a que peu de choses à montrer. Avec mon alter-égo Pierre Cheval (adjoint à la mairie d’Aÿ et porteur de la candidature des « Coteaux, Maisons et Caves de Champagne » au Patrimoine mondial de l’Unesco, décédé en 2016. Ndlr), nous avons travaillé sur ce sujet et décidé qu’il fallait faire quelque chose de ce genre en Champagne. Nous avions acquis les anciens pressoirs Pommery, un comité de pilotage était constitué, les études préliminaires étaient toutes positives.
Puis, il y a trois ans nous étions prêts à activer le projet, nous avons donc lancé un concours qui nous a permis de recruter les architectes et les scénographes. Toutes les régions viticoles ont leur centre d’interprétation, il manquait cet équipement en Champagne pour étoffer l’offre touristique.

La crise sanitaire s’est invitée pendant les travaux en retardant notamment l’ouverture. Cela a-t-il eu des conséquences sur le budget initial ?
Les travaux ont débuté en octobre 2019 et nous avons pris la crise sanitaire de plein fouet quelques mois après. Les entreprises de gros œuvre ont évidemment déserté le chantier et nous avons accusé un retard de quelques mois. Initialement, nous avions prévu une ouverture le 22 janvier 2021 pour la Saint-Vincent, ce sera donc le 2 juillet. Bien sûr, il y a eu un surcoût dû aux différents protocoles imposés aux entreprises pour continuer à travailler mais on s’en est bien sorti grâce à l’amical soutien des uns et des autres.
Au final le budget est de 10 millions et demi hors taxes. Nous avons obtenu un financement du département de 2 millions d’euros, la région nous a octroyé le même montant, l’État un million via trois subventions au titre de la dotation des équipements des territoires ruraux, le reste est financé par un emprunt de la Communauté de communes. Par ailleurs il y a une souscription avec la Fondation du patrimoine qui a considéré que le bâtiment devait être conservé et avec laquelle nous avons jusqu’à présent récolté 450 000 euros.
L’équilibre sera atteint avec une fréquentation d’environ 50 000 visiteurs, soit l’équivalent de trois autocars de touristes par jour en moyenne, ce qui parait très raisonnable compte tenu de l’attractivité de notre région et de son vin.

Des sites à vocation touristique, comme le musée d’Épernay, émergent en Champagne. Quelle synergie apporter à ces différentes propositions pour renforcer l’attractivité du territoire ?
Pressoria est à la mesure de l’ensemble de notre appellation et de ceux qui en font la richesse, maisons de négoce, coopératives, vignerons, viticulteurs ou encore métiers connexes. Dans la salle d’accueil, le public pourra découvrir toute une série d’informations touristiques sur la Champagne. L’idée est que nous invitions nos visiteurs à aller à la rencontre des différents acteurs de la filière et que ceux-ci nous renvoient la pareille. Nous travaillons avec les instances touristiques pour créer de la transversalité dans les offres, et dans le cadre du plan de relance, nous discutons avec la Communauté d’agglomération d’Épernay, Coteaux et Plaine de Champagne et la commune de Dormans pour communiquer de concert afin de structurer les propositions œnotouristiques. Du côté des élus, il y a une réelle volonté d’aller dans ce sens car quand vous êtes touriste, vous ne regardez pas les limites géographiques de telle ou telle commune, vous souhaitez un maximum d’informations pour visiter les sites qui savent vous séduire.